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ON PRIVATISE BIEN LES MORTS...

vendredi 2 septembre 2005, par Gaëlle Sartre-Doublet , Vincent Bouba

Lu dans "La Gazette" : "Le gouvernement autorise la gestion déléguée des sites cinéraires. C’est une petite révolution dans le monde du funéraire. Dans une ordonnance présentée le 27 juillet en conseil des ministres et parue au Journal officiel du 29 juillet, le ministre délégué aux collectivités territoriales autorise désormais les communes et les EPCI à créer et à gérer des sites cinéraires - colombariums et jardins du souvenir - par voie de "gestion déléguée". Ça ne vous parle pas plus que ça ? Vous avez tort : on va privatiser nos morts !


Cendres folles s’envolent sous les yeux pâles et contents et à jamais restent en suspens


(Partir avant les miens), Daniel Balavoine

Soyons clairs : même si cette délégation de service public n’est pas possible lorsque le site cinéraire est situé à l’intérieur du cimetière, l’Eglise catholique prise peu les incinérations (même si elle ne les condamne plus depuis 1963) et il est très fréquent que les sites cinéraires soient parfaitement distincts des lieux de culte. Or, c’est justement ceux-là qui sont concernés.
Visiblement pressé d’agir avant la rentrée, Brice Hortefeux envisage ainsi de "faire face au développement de la crémation en France" en offrant "plus de lieux de sépultures pour accueillir les urnes ou disperser les cendres".
Ainsi que le mentionne "La Gazette", "du côté des opérateurs publics, on tombe des nues. Le 25 mars dernier, lors de sa dernière réunion, le conseil national des opérations funéraires (CNOF), qui réunit l’ensemble des professionnels du secteur, avait en effet émis un avis défavorable contre ce projet de texte. "Devant son insistance, nous avons même transmis une motion au ministre" déplore Corinne Loiodice, présidente de l’Union des professionnels du pôle funéraire public (UPPFP) qui dénonce "une privatisation pure et simple des sites cinéraires qui se traduira de toute évidence par une propagation d’espaces cinéraires à l’initiative d’entreprises désirant développer de nouveaux produits et non par les collectivités en réponse à un réel besoin". Et d’évoquer la vocation de ces sites "à accueillir à terme des inhumations et donc à envisager la privatisation des cimetières".


Allié de poids pour les opérateurs publics, le sénateur Jean-Pierre Sueur voit de son côté " une rupture totale avec la tradition républicaine et laïque de notre pays qui veut qu’une inhumation ait lieu dans un cimetière à caractère public ". Il vient de déposer une proposition de loi pour établir un "édifice législatif exhaustif sur le statut et la destination des cendres". Parmi les mesures préconisées : l’obligation pour les communes de plus de 3000 habitants de disposer d’espaces cinéraires et l’interdiction de créer des sites cinéraires privés. Le débat devrait rebondir prochainement. L’ordonnance peut dès à présent faire l’objet d’un recours devant le Conseil d’Etat."
Je vous le dis : nous vivons décidément une époque formidable !

NB : Sur la législation concernant les cimetières, à lire aussi : "Profanateurs de cimetières"


Nouveau : Vincent Bouba illustre Vox pop’ ! Les dessins sont la propriété de l’auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite, sauf accord exprès du créateur. Le site de Vincent Bouba : http://vincentbouba.free.fr

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Gaëlle Sartre-Doublet]
[(Lecture philosophique des contes de fées)
Gaëlle Sartre-Doublet, 37 ans, maitrise de Philosophie. Ex-prof auprès d’un public en difficulté scolaire, ex-journaliste à "La Dépêche du Midi", actuelle fonctionnaire territoriale et modératrice du forum de Vox Populi, rédactrice en chef et directrice de publication pour notre webzine jusqu’au 1er janvier 2009, date qui a vu Laure Dupau reprendre le flambeau.


Vincent Bouba]
[(http://www.vincentbouba.com)
Entre images et Musique, le coeur de Vincent Bouba balance, de la nostalgie Pop Rock à la volonté de se créer un univers original, curieux et ludique qui lui ressemble. Essayiste, expérimentateur, Bouba dessine et chante l’époque, la société de consommation, la guerre à la télé, les média, usant d’un ton désabusé comme d’une extraordinaire énergie pour demain. Bien dans ses baskets, Bouba s’amuse de tout et de lui-même, même s’il n’hésite pas à dénoncer la gravité du monde et les aberrations du système. Un artiste en devenir, en phase avec ses trente ans.

 

> ON PRIVATISE BIEN LES MORTS...

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,

L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,

Main rêve vespéral brûlé par le Phénix

Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,

Aboli bibelot d’inanité sonore,

(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx

Avec ce seul objet dont le Néant s’honore).

Mais proche la croisée au nord vacante, un or

Agonise selon peut-être le décor

Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor

Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe

De scintillations sitôt le septuor.

(1/1) 5 septembre 2005, par Grellety
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