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Le révisionnisme contemporain des conditions historiques du succès du nazisme

L’AUTRE NÉGATIONNISME

samedi 5 février 2005, par Jean Christophe Grellety

A l’heure où les Européens tournent leur regard vers les camps d’extermination nazis, qu’en est-il de la mémoire des conditions qui ont rendu possible un avènement triomphal et une "autoroute" vers la guerre du national-socialisme ? Un autre négationnisme se cache au sein d’un "bon sens" de façade...

Des crimes imprescritibles

Il y a les rails, les trains, les wagons, la première gare, la dernière, des compartiments dans lesquels des millions de juifs, de tziganes, d’homosexuels, de résistants, sont entrés pour finir là, à Auschwitz-Birkenau, mais aussi à Bergen-Belsen, à Sobibor...
60 ans plus tard, ceux qui ont encore des problèmes avec les mots parlent d’anniversaire, plutôt que de décennies de commémoration de la libération des prisonniers vivants du camp. Car, oui, non, il n’y a pas anniversaire, il ne peut y avoir de fête, pour vivre en soi le léger bonheur de savoir que la porte des Enfers du plus célèbre camp d’extermination nazi s’est définitivement refermée, libérée des nazis eux-mêmes par les soldats de l’Armée Rouge, un camp vidé de ses tortionnaires. Pour les survivants de cette libération, la mémoire a fait revivre une nouvelle fois cette journée précise - ce soulagement ?
C’était donc fini. Eux ne seraient pas les prochains cadavres sortis des chambres à gaz, des fours crématoires, dont le corps serait, comme les autres, entassé sur une pile anonyme.

Comment en arrive-t-on là ?

« Comment en arrive-t-on là ? », interroge un document réalisé par le Conseil régional d’Ile de France, accompagné du sous-titre, des « crimes imprescriptibles ».
A l’extrême, il y a ceux qui nient, ceux qui font oeuvre de négationnisme, ceux qui disent : les chambres à gaz n’ont pas...
Quelques affaires médiatiques les ont mis sur le devant de la scène. Et la même question se pose à leur endroit : comment peut-on en arriver là ? Là, c’est-à-dire à nier la réalité des camps, des procédures criminelles, et surtout la parole des victimes survivantes. Comment oser nier un vécu dont le témoignage est si démultiplié ?
Est-ce par honte morale ? Nier pour renier ce qui a été fait, pour que, comme dans une rêve, cela ne fut pas, que cela ne soit pas possible, nier par dénégation ? Il semble que toute explication ne réside pas là, qu’il y ait autre chose...
Ceux qui nient le font parce qu’ils savent que le nazisme avait été annoncé avant l’heure, dans les éructations adolphiennes, les parades SS, les messes de Nuremberg, et que, oui, les autres, les non-aryens, n’avaient plus guère de temps à vivre. Il fallait débarrasser la terre de ces “parasites”, et le Zyklon B était précisément destiné aux parasites... ces non-humains.
Comment a-t-on pu en arriver là ? Quelles sont les conditions de possibilité de ces “crimes”, dont le temps ne peut effacer la faute juridique et morale ? Hitler himself ? Les nazis eux-mêmes ? Les Allemands, seuls ? Ou bien ...

La collaboration : une trahison française

Si le négationnisme entend publiquement nier la réalité des chambres à gaz dans les camps de la mort, et donc la planification réelle de la “solution finale”, décidée dans une villa de Wansee, près de Berlin, sous l’égide du plus froid des officiers SS Reynard Heydrich, un autre négationnisme est désormais à l’oeuvre, insidieux.
Il revient à nier une responsabilité plus globale, dont les racines puisent dans un “être-au-monde” humain, par et pour lequel il est “naturel” de servir et d’être servi. Ce négationnisme commence par l’oubli, bien pratique, des millions de soutiens offerts au nazisme et à Hitler, en Allemagne, en Autriche - nation presque plus enthousiaste pour ce régime que les Allemands eux-mêmes ! - mais aussi en Europe, et singulièrement en France...
Car combien ici oublient, préfèrent oublier ou essayent de nous faire oublier sa génèse ?
Comment ignorer, trois ans avant que les Nazis ne mettent en oeuvre ce qui déclencha la Seconde Guerre Mondiale, appelée de leurs voeux, ardemment désirée, comment ignorer ceux qui ici, en France, dénonçaient la victoire du Front Populaire, la direction de l’exécutif par le “Juif Blum”, accusaient le gouvernement, via ses mesures sociales, de conduire l’économie française et ses entreprises à la ruine, comment oublier les"Plutôt Hitler que le Front Populaire" ?
Faut-il donc demander que certains "commémorateurs" se replongent dans les archives des journaux de l’époque ? Qui vantait le régime allemand, sa main de fer sur les ouvriers et les syndicats ? Qui admirait, publiquement, cette “nationalisation-privatisation” des biens “étrangers”, des biens Juifs ? Qui s’est servi de cette abominable guerre pour faire des profits ? L’épuration de 1944 et les travaux des historiens spécialisés nous ont-ils in-suffisamment éclairés sur cette collaboration active ?

La Shoah : une hérésie de l’histoire ?

Car, non, Hitler n’est pas arrivé, comme par magie, au pouvoir en Allemagne, puis à la tête d’une Europe mise au pas militairement. Il y eut ces soutiens, dans la grande bourgeoisie allemande, mais aussi européenne. Car, n’est-ce pas, “tout plutôt que les Rouges” !
Il y eut bien sûr le vote électoral, mais aussi le soutien passif de Staline : pas d’alliance des communistes avec les sociaux-démocrates. Il y eut les démissions, les lâchetés, le refus d’une “guerre préventive” par les démocraties française et anglaise. Et que dire de la trahison d’une partie de l’Etat-Major français ?
6 ans pour préparer une guerre, 9 ans pour méditer puis décider de la “solution finale”. Oui, nous en sommes “arrivés là” : lorsqu’un homme tel qu’Hitler bénéficie de tant de liberté et de temps pour préparer ses crimes, il finit nécessairement par parvenir à ses fins.
Or, en l’honneur solennel de cette commémoration pour les victimes du système concentrationnaire nazi, qui voit-on marcher et - pire encore - faire des discours au sein même des camps, si ce ne sont les “chefs d’Etat”, les dirigeants politiques européens ?
Comme si la Seconde Guerre Mondiale et ses camps n’étaient précisément la mise en cause, radicale, définitive, du pouvoir “politique”, c’est-à-dire d’un pouvoir détaché de la nation, aux prérogatives exorbitantes, à la pseudo légitimité rationalo-théologique, dont la racine la plus profonde est l’asservissement absolu d’un homme par un autre ?
De cette racine du “Mal”, 60 ans plus tard, nous ne sommes toujours pas revenus, au contraire ! Et nous n’en sommes pas revenus puisque des dirigeants politiques déploient chaque jour des efforts considérables, destinés à alimenter une propagande efficace en faveur de cette instrumentalisation d’un homme par un autre.
Vive l’entreprise, l’enrichissement, l’industrialisation continue où les machines “pures” remplacent les premières machines - les ouvriers - pour le bénéfice de quelques “robots” - les actionnaires - dont la seule activité cérébrale digne de ce nom est le comput des bénéfices en regard des coûts et des dépenses.

La pensée et l’oubli

Auschwitz a, malheureusement, été possible. Mais il y eut, avant Auschwitz, des racines intellectuelles encore vivaces.
Depuis, une pensée, une conscience individuelle et collective d’ordre philosophique est née, qui n’est toujours pas à la hauteur de l’événement. Nous assistons impuissants à la persistance de l’écrasement de l’individualité et de ses particularités, si intéressantes, au profit d’un système aveugle pour aveugles.
C’est toute l’Histoire européenne et française des années qui ont précédé la guerre, de ce siècle en somme, qui reste à faire, si l’on accepte de s’étonner encore que notre continent, celui-là même qui a donné naissance à la contractualisation de masse en faveur des droits de l’Homme ait pu, en son sein, être si... contredit.
Quelle(s) haine(s) contre soi et notre humanité a pu, ont pu, préparer ce terrain et les conditions de possibilité morales et nerveuses [1] de ces crimes ? Cette question s’adresse aussi à l’Histoire de notre temps présent, tant du point de vue de l’Histoire “à faire”, de par nos engagements et nos “Idées”, que de celui du récit narratif comme intellectuel : la prise de conscience de ce qui est en train de se passer, aujourd’hui, afin de nous assurer que le pire n’est pas à venir.
Or, par expérience, une expérience historique, philosophique, celle-là même narrée et expliquée dans « la République » de Platon, nous n’échapperons à nouveau au pire que par une réforme, profonde, réelle, non formelle, des conditions et des principes de notre cité, désormais étendus à l’ensemble de la planète. Pour l’instant, il semble bien qu’un sommeil profond inactive les esprits.
Faut-il donc redouter la magie, noire ? [2]
Jean-Christophe Grellety

En savoir plus :

Souviens-toi des déportés


[1Termes que nous avons préférés à ceux d’“idéologiques” et de “psychologiques”, en référence à Antonin Artaud.

[2La photo qui illustre cet article est celle d’un autre camp de concentration que celui d’Auschwitz-Birkenau. Mais avec cette terrible formule, commune à beaucoup de camps : ARBEIT MACHT FREI, "le travail rend libre"...

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