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CANICULE : UN VRAI SCANDALE... EN CHIFFRES

jeudi 28 août 2003, par Gaëlle Sartre Doublet

1500, 3000, 5000, aujourd’hui 10400. Pour un peu, on dirait « quine » , sauf que c’est de morts dont il s’agit, presque 4 fois plus nombreux que les victimes du World Trade Center... en beaucoup moins rentables. Ils se sont éteints dans la quasi-indifférence générale, sacrifiés sur l’autel de la faute à pas de chance et du sempiternel « L’Etat ne peut pas tout prendre en charge ni tout prévoir ».
Est-ce bien sûr ?

La politique en action

Certes, on ne connaît pas encore les chiffres définitifs. Il faudra attendre la rentrée pour une estimation fiable et un an pour un bilan détaillé. Mais on peut d’ores et déjà affirmer que les victimes de la canicule seront au moins au nombre de 10.000... Une paille !
Face à ce que l’on peut considérer comme une hécatombe, les réactions du gouvernement comme de l’opposition ont été à la hauteur de leurs visions politiques respectives.
A droite, on condamne les familles « démissionnaires », notre manque collectif de civisme, les 35 heures et, bien sûr, le soleil. Soyons sérieux, tous ces morts ne relèvent que de notre responsabilité individuelle, bébés boudeurs que nous sommes, incapables de nous prendre en charge. Ainsi que s’interroge, tout en nuances, Sophie de Menthon, présidente d’Ethic (sic !), et proche du gouvernement : « C’est le ministre de la santé, bien sûr, qui aurait dû sonner à la porte de la dame âgée du cinquième ? ». No comment...
A gauche, ce n’est pas mal non plus : le débat a porté sur le polo noir de Mattéi, Ministre de la santé en vacances lors de son intervention télévisuelle, sur sa démission éventuelle et sur le retard à l’allumage de Raffarin. Sans conteste, là aussi, les réactions sont d’une rare pertinence.
Comme disait Coluche : « on nous prendrait pour des cons que ça ferait pas pareil »...

Chronique d’une hécatombe annoncée

Le 20 novembre dernier s’organise une assemblée des Départements de France sur la question de l’APA ( Allocation Personnalisée d’Autonomie, destinée aux personnes âgées ou handicapées). Le gouvernement, via François Fillon (Ministre des affaires sociales et du travail) et Hubert Falco (Secrétaire d’Etat aux personnes âgées) devait, en collaboration avec les Conseils Généraux de France, plancher sur un problème mathématique digne de ceux que rencontraient nos aînés sur les trains qui se croisent, les baignoires et les robinets incontinents :
Sachant que les départements financent à 70 % l’APA, que le budget de celle-ci devait atteindre 3,7 milliards d’euros en 2003 en lieu et place des 2,5 milliards prévus initialement par l’équipe Jospin, qu’elle est victime de son succès, atteignant dès 2003 le chiffre de 800.000 bénéficiaires « budgétisés » pour 2004-2005 seulement, que fait-on ?
François Fillon pose lors de cette réunion les prémisses de cette passionnante équation : « Cette montée en puissance plus rapide que prévue révèle que si rien n’est entrepris, nombre de départements ne pourront élaborer leur budget primitif 2003 qu’au prix d’une augmentation significative de la fiscalité locale ». Or, le gouvernement s’en tient à son pari impossible d’un maintient du pacte de stabilité européen associé à une baisse des impôts.
Résultat ? Mi-décembre, le verdict tombe : les bénéficiaires de l’APA devront participer aux frais de leur maintien à domicile à hauteur de 12 % (contre 5% auparavant) et le délai d’ouverture des droits est prolongé de deux mois. Que les plus démunis se débrouillent...

Les urgences en état d’urgence

Mais cette décision inique et absurde n’est rien comparée au traitement politique comme budgétaire des urgences. En Mars 2003, « Science et avenir » titrait déjà à leur sujet : « Constat encore plus accablant ».
D’après ce magazine, 78 % des grands services d’urgences connaîtraient des difficultés et 50 % seraient en situation périlleuse. Or, le gouvernement ne cesse de faire des coupes sombres dans les budgets dévolus à la santé. Dernier exemple en date : décision a été prise de geler un plan pluriannuel de financement des établissements d’hébergement pour personnes âgées. Bénéfice pour l’Etat : 103 millions d’euros sur les 183 prévus initialement. Belle économie !
Mais ce n’est pas tout. Les syndicats estiment de 25% à 30% le nombre de lits en moins durant la période estivale, avec un flux tendu permanent qui ne permet pas de faire face à d’éventuelles catastrophes. Ainsi que l’affirme Patrick Pelloux, Président de l’Association des Médecins Urgentistes Hospitaliers de France (AMUHF) : « La suppression des lits n’est pas exclusivement liée à la période estivale (...) Elle ne fait qu’empirer pendant la période de juin à septembre (...) La situation actuelle est catastrophique. Le sport national des urgentistes actuellement consiste à trouver des lits pour soigner les malades ». Entre autres exemples, le temps d’attente moyen pour une personne âgée entre son arrivée aux urgences et son hospitalisation dans un lit est de ... 7h42 !
« ça se termine souvent à la morgue », assurait froidement il y a peu Olivier Saint-Jean, chef du service gériatrie de l’hôpital Georges Pompidou à Paris.
Face à cette situation explosive, le gouvernement vient de trouver la solution miracle en envisageant de supprimer un jour férié, afin d’allouer les charges patronales de ladite journée aux maisons de retraite. On rêve !

Tous comptes faits

10.000 personnes, au bas mot, sont mortes de ces choix politiques. Ils étaient vieux, seuls, pauvres et malades. Un lecteur de Libération, non sans cynisme éclairé, affirmait récemment : « Ces jours de canicule ont fait 3000 morts, on peut même dire 3000 retraités ! Faisons un calcul simple sur une base de 5000 francs (...). » En réactualisant son calcul à l’aune de nos derniers chiffres cela nous donne : 10000 morts * 5000 francs = un 5 avec 7 zéros derrière. Pour un mois. C’est certes une bonne façon de résoudre d’un coup d’un seul le problème des retraites et de la sécu. Mais... à qui le tour ?

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