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CONSTITUTION EUROPEENNE : où est le débat ?

LES GRIGRIS DE LA RÉPUBLIQUE

lundi 9 mai 2005, par Gaëlle Sartre Doublet

Je suis de mauvais poil, version hérissée. "Y’a des matins comme ça" chantonnait l’autre, sauf qu’on est le soir et que je ne digère toujours pas. Mes soucis gastriques ne proviennent pourtant pas de la cuisine atypique de ma belle-mère, mais du traitement médiatique vomitif d’un texte indigeste : j’ai nommé la Constitution européenne.

Référent ... d’hommes


Depuis Maastrich, on ne m’avait rien demandé. Les traités de Nice, d’Amsterdam, s’étaient déroulés sans moi. Bonne fille de la République, tout en me dissociant profondément des valeurs mises en place par nos élus, j’ai accepté sans broncher ce qui semblait relever du suffrage universel.
Puis vint la Constit’ Européenne. De nouveau, on me conviait au débat. Toujours bonne fille, docile et disciplinée, j’y ai cru. J’ai pensé que je pourrais faire valoir mes arguments : "oui, mais...".
Des "mais", j’en avais plein en tête, que je n’exposerai pas ici tant l’exercice est devenu stérile. Après que la Gauche m’ait soupçonnée d’accointances avec Le Pen, c’est au tour de Chirac de m’asséner que "Les vrais européens ne sauraient voter non" (à se demander pourquoi il a organisé un référendum ?). Bref, j’ai le droit de voter, à condition de voter oui. Dans le cas contraire, je suis condamnée à essuyer l’opprobre des mentors auto-proclamés, pour lesquels il semble préférable de m’enfiler d’office la camisole de force que de me démontrer le bien-fondé de leur argumentation. Dont acte.
Preuve que je n’exagère pas, même le CSA (Conseil supérieur de l’audio-visuel, présidé par l’UDF Dominique Baudis) s’en émeut. Il constate en effet dans une note d’avertissement que le "oui" socialiste a été survalorisé, cependant que les "non" UMP ou verts étaient marginalisés. Dans le même temps, il relève que pour la période du 4 au 29 avril, le "oui" a occupé 18 heures et 10 minutes d’antenne (63%) contre 10 heures et 40 minutes (37%) en faveur du "non", sans compter les 4 heures d’intervention présidentielle.

Paix sociale : grande braderie !


Pourtant, je vais voter non, sans scrupule. Puisqu’on me demande mon avis, c’est tout con, mais j’estime que c’est mon droit. J’ai peut-être tort, ça, c’est un autre débat, mais en attendant, je vote, ce qui n’est déjà pas si mal. Sans préjuger du résultat, qui n’appartiendra qu’aux français, un truc me chiffonne : je ne me sens absolument, rigoureusement, sidéralement pas représentée. Pire : je me sens manipulée. A ce jour, la "facture du oui", entendez les sommes dépensées pour arracher des voix hésitantes, s’élèverait à 400 millions d’euros. Ce n’est pas moi qui l’affirme avec toute ma mauvaise foi anticonstitutionnelle, mais la lettre hebdomadaire "Le Bleu" du 28 avril, reprise par le Monde du 04 mai. Le Bleu, c’est une revue confidentielle tirée à 3000 exemplaires, à destination des élites de notre nation, qui doit son nom à la couleur de son papier, identique à celui des notes de Matignon. Prix de vente : 880 euros pour 44 numéros annuels, autant dire qu’on est loin du brûlot révolutionnaire.
Or, que nous dévoile-t-il ? Tout simplement que sur ordre de Jacques Chirac, le gouvernement a décidé d’acheter la paix sociale jusqu’au 29 mai. Ainsi, Renaud Dutreil a concédé fin mars une augmentation de 1,8% aux fonctionnaires pour 2005, revendication que Matignon jugeait ubuesque il y a peu. Prix du cadeau : 300 millions d’euros. Dans la même veine, Thierry Breton est devenu subitement sensible au désespoir des exploitants agricoles et leur a octroyé des congés payés dont le coût est évalué de 50 à 100 millions d’euros selon les estimations. Les pêcheurs et les agriculteurs, quant à eux, se sont vus honorés d’une ristourne de 64 millions d’euros sur les taxes relatives au gazole, tandis que Philippe Douste-Blazy se fendait d’une rallonge de 15 millions d’euros à destination des médecins urgentistes.
Dans la série "grande promo avant liquidation", le cadeau fait aux chasseurs (intéressant ça, les chasseurs) : 15 jours de rallonge pour la chasse aux oiseaux...
Il n’y a pas que notre "dignité de citoyen" qui prend du plomb dans l’aile. Profitez-en et qu’on se le dise : jusqu’au 29 mai, le gouvernement solde.

After et gueule de bois


La suite du programme gouvernemental risque de moins faire marrer les oui-ouistes : en juillet, hausse du gaz ; en août, ouverture du capital de GDF. Durant la même période, lors que nous serons tranquillement en train de nous faire rôtir au soleil, le projet de la commission européenne visant à mettre fin au duopôle SNCF-RATP sera
incidemment dévoilé. Enfin, nous assisterons au grand retour de la directive Bolkestein, ajournée (et non retirée comme on a tenté de nous le faire croire) lors du Conseil européen des 22 et 23 mars derniers. Les discussions reprendront après le référendum.
Même les médias commencent à trouver la ficelle un peu grosse. Ainsi, Thomas Varela du Monde note : "Quant au report sine die de l’invitation du Président de la Commission, Jose Manuel Barroso, à l’émission "100 minutes pour convaincre" sur France 2, l’Elysée nie farouchement y être pour quoi que ce soit". Libé du 06 mai titre quant à lui "Cadeau de Bruxelles à Paris" à propos de la baisse à 5,5% du taux de la TVA sur la restauration, mesure dont le Figaro rappelle opportunément qu’elle était une promesse du candidat Chirac aux élections présidentielles. Daniel Schneidermann, ex-grand copain de Pierre Carles dont on peut supposer qu’il a conservé quelques valeurs, se lâche, toujours dans Libé : "La machine à distribuer les grigris de la République bananière tourne à plein rendement."

Pas de confusion


J’entends déjà les oui-ouistes me dire qu’il ne faut pas confondre politique intérieure et référendum sur la Constitution européenne. Qu’ils se rassurent : je ne confonds pas. Je pourrais même expliquer en long en large et en travers mes soucis concernant la laïcité et plus précisément la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la défense dont les clefs demeurent dans les mains de l’OTAN, le démantèlement des services publics au nom de la concurrence, le rôle trop faible à mon goût du parlement européen. Tout ça se discute. Mais à partir du moment où, justement, il n’y a plus de discussion possible et qu’on essaie d’acheter mon bulletin via une insupportable propagande, le refus de signer un énième chèque en blanc à des élites qui n’ont eu de cesse de trahir ma confiance me paraît être la seule attitude raisonnable.
Le mot de la fin sur cette une de Marianne : "Qu’ils votent oui ou non, les français découvrent que le pluralisme de l’information est presque aussi restreint en France que dans la Russie de Poutine". Vous avez dit excessif ?
A lire aussi dans Acrimed : manifestation le 9 mai 2005. La constitution européenne : où est le débat dans les médias ?

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