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LETTRE OUVERTE À LA SOCIÉTÉ DE RÉDACTEURS DE "LIBÉRATION" - Avant fermeture ?

lundi 3 octobre 2005, par Jean Christophe Grellety

Le quotidien Libération, édité par la SARL Libération (au capital de 8.726.182 €), est sous le contrôle du financier Edouard de Rothschild depuis quelques mois, à hauteur de 39%.
Si le financier ne contrôle pas 50% du capital, il incarne néanmoins le « sauveur », celui qui peut apporter une garantie pour le règlement des dettes et injecter de « l’argent frais ». En théorie, mais aussi en pratique, le quotidien pourrait néanmoins disparaître, ou à défaut assister à l’évaporation d’une part non négligeable de ses salariés.

Dégraissage

Selon un article du Monde, la rumeur affirme que 40 à 50 personnes seraient concernées, sur un effectif total de 340 personnes. Il y a comme cela des quotidiens qui ont entamé des cures d’amaigrissement (à l’image de France-Soir) et finissent exsangues, tant du point de vue de leurs ventes que de leurs collaborateurs. Mais est-ce si surprenant dans une France qui débauche à tout va ?

Je fais partie de ceux qui, depuis de nombreuses années, lisaient et lisent encore « Libération ». Mais je le parcoure de moins en moins, que ce soit sous sa forme imprimée ou sur Internet. Pourquoi ? Et plus précisément, pourquoi le lisais-je ?
La presse quotidienne française ne brille pas, depuis plusieurs décennies, par son dynamisme. Des titres nouveaux sont advenus et ont disparu. « L’Humanité » et « Le Figaro » n’ont cessé de perdre des lecteurs, évidence que je n’ai aucun mal à concevoir : je suis incapable de lire « le Figaro » plus de deux fois par an, car j’ai de la mémoire et de la rancune.
Restait et demeure encore « Libération ». Le titre est déjà fameux. Il évoque, instantanément, ces instants, ces moments, ces heures, passées ou proches, pendant lesquels des hommes accèdent à la liberté recherchée, désirée...
Alors que la presse était souvent la propriété de groupes ou de personnes aux moyens capitalistiques gargantuesques, « Libération » faisait résonner l’aventure collective sans ses dépendances et ne se donnait pas pour objectif ou pour obligation de résultat d’être le relais efficace des puissants ou de l’Etat. Et puis...

Contre-pouvoir ? Oui, tout contre...

Avec les années 80, le quotidien n’a jamais été aussi proche des gouvernants. Si la proximité favorise l’apport d’informations, elle crée également des relations qui, parfois, se « payent », je veux dire par là qu’elles créent des dépendances, une « addiction to scoop », qui fait oublier la distance toujours nécessaire à une analyse pertinente. Non que les journalistes du quotidien aient écrit des papiers dithyrambiques sur « le pouvoir socialiste », non que « Libération » se soit transformé en pravda française, mais le succès des politiciens socialistes signifiait aussi le succès du quotidien...
Or, Libération se trouve à Paris. Et depuis de nombreuses années, le milieu économico-politico-médiatique parisien a propulsé la « peoplerisation » de la société française.
« Libération » a suivi, grégairement, le mouvement. Le quotidien a assuré le relais des informations d’Etat et s’est focalisé sur les « people », jet set, références de la bourgeoisie bo-bo, mais aussi sur les undergrounds, à condition qu’ils ne dérangent pas le système social établi.
Je me souviens d’une triste affaire « Leconte », du nom du cinéaste français. Ce dernier reprochait aux responsables de la rubrique « Cinéma » du quotidien d’être des ayatollahs qui vouaient systématiquement aux gémonies et à la géhenne ses films. Il fut renvoyé sur les roses, comme un malpropre, et le quotidien manqua même de correction - c’est-à-dire de la plus élémentaire politesse.
Le message était clair : pas de critiques à l’endroit des critiqueurs professionnels...
Un certain traitement superficiel de la vie politique française m’a également fatigué. Par exemple, le quotidien incrimina des mouvements ou des partis de gauche, dénonçant leurs « divisions » (les Verts et les Socialistes par exemple) alors qu’elles témoignaient d’une réalité et d’une vitalité démocratiques, rarement observables dans les partis de « l’Ordre ».
Il y a quelques mois à peine, le quotidien parut soutenir plus activement ceux et celles qui souhaitaient une réponse positive au référendum français sur la Constitution Européenne. Une tribune fut, par exemple, accordée à Aurélie Filipetti qui, désireuse de mobiliser ses lecteurs en faveur du oui, ne trouva rien de mieux que d’accuser les ouvriers et les gens du peuple de gauche de xénophobie.

Ode au lecteur

Moi qui écris cette lettre et qui ne suis pas connu - parce que je n’appartiens à aucune côterie, ni aucun réseau, ni aucun parti, même si je cultive quelques sympathies - j’ai proposé deux tribunes aux responsables de la rubrique « Rebonds ». Ils ne m’ont jamais répondu.
Auteur d’un essai, « Dieu sans religions, suivi d’une Lettre à Oussama Ben Laden », j’en ai adressé un exemplaire à deux journalistes de la rédaction. J’attends encore leur coup de fil. On me reprochera de les critiquer parce qu’ils m’ont ignoré. Et l’on se trompera. Car ce n’est pas mon « moi » qui est en jeu dans cette absence de relation, de contact, de dialogue.
J’observe simplement que depuis des années, les « fils de » ou les « people » ont colonnes ouvertes, qu’ils bénéficient à maintes reprises d’un portrait en dernière page. En revanche, ceux et celles qui, en France, écrivent des livres ou engagent des actions sans pour autant appartenir à cette « Koïné bourgeoise » sont dédaignés, voire méprisés.
Or, je fais partie de ceux qui estiment que « Libération » n’existait et n’existe toujours pas pour parler "comme tout le monde" de ce dont « tout le monde parle ». Répéter dans ses colonnes ce que d’autres médias ont déjà dit peu ou prou sur telle affaire, sur tel ouvrage ou sur tel auteur n’a aucun intérêt. Comprenez : aucun intérêt pour celui qui achète le journal. Car si le quotidien connait des difficultés, il faut insister sur ce fait : le lecteur, c’est-à-dire le récepteur du quotidien qui, pour l’acheter demain et après-demain, doit avoir « faim » de le lire, est aujourd’hui étrangement négligé.

La question survient immédiatement : mais qui est ce lecteur ? Quel portrait faire de lui, si tant est qu’il existe un "lecteur moyen" ? Il se révèle plutôt par ombres chinoises, en négatif si l’on préfère, que par un "profil type" : il n’est pas un sénior aisé qui se plaît aux certitudes enrichies du « Figaro » ; il a entre 30 et 50 ans, est issu de la génération soixante-huit qui prolonge le beau mois de mai des années 70 ; il recherche désespérément dans le Libération d’aujourd’hui un quotidien audacieux, radicalement distancié d’un Etat dont les apparatchiks ont conduit la France au bord du dépôt de bilan, qui serait capable d’associer informations, débats et pensée. Il ne le trouve plus. De nombreuses pistes seraient à explorer pour aider au redressement de l’entreprise, lui redonner une vision ambitieuse, génératrice de prospérité et d’emplois. Il ne m’appartient pas de les offrir à une équipe dont je mets en cause, radicalement, la fermeture d’esprit. Je leur souhaite et je nous souhaite pourtant qu’ils redeviennent capables de lucidité, d’honnêteté et de rigueur intellectuelles pour que « Libération » ne disparaisse pas.
J’espère également que ma lettre servira de mesure au désamour d’un lecteur qui fut aussi régulier que fidèle et qui, pour l’heure, constate que dans son propre pays, le bras d’honneur sert de réponse à son travail. Dans ce cas-là, que Libé ne s’étonne pas de la réciproque. Mon "pouvoir" de consommateur réside dans le rapport que j’entretiens à mon porte-monnaie : l’ouvrir ou ne pas l’ouvrir, telle est la question...

Jean-Christophe Grellety

Dernière heure au 22/10/2005 : preuve s’il en était besoin que le malaise est profond : http://www.acrimed.org/article2173.html

Messages

  • Cher ami,

    Ma révérence à ce talent devant lequel je m’incline tant par sa profondeur d’esprit que par son style mais aussi sa manière de convaincre !

    C’est beau, réfléchi et dit sans hypocrisie ni flatterie mais en toute franchise !

    Bon courage car tu le mérites et que la réussite t’ouvre enfin les portes de tes talents afin d’être reconnu.
    Alain le fresnois !

  • Avoir raison a quelque chose de fatiguant, parfois. Comme là, lorsque j’écris dans l’article
    "Le quotidien a assuré le relais des informations d’Etat et s’est focalisé sur les « people », jet set, références de la bourgeoisie bo-bo,..."

    Preuve est donnée de cela par l’édition du jour, avec "Carte Blanche à... Juliette Binoche". Quelle audace ! Juliette Binoche, cesarisée, oscarisée, loréalisée, iconoadulée..., mais pas acidulée. Car la "Carte Blanche" révèle une "actrice" ... en "besoin de spiritualité" ; et, bien sur, en plein dans le mille, la spiritualité vers laquelle elle se tourne est... "chrétienne" !

    http://www.liberation.fr/page.php?Article=328644

    Décidément, la Depardieusation de la culture des "stars ciné" française ne cesse son effet (à ceux et celles qui ne le savent pas, l’un des dadas de Gégé est de lire du ... Saint-Augustin, dans les Eglises, et bien sur aussi, de mettre des coups de tête à ceux qui gagent leur vie en le prenant en photo).

    Voir en ligne : L’action littéraire

  • Aujourd’hui, le journal, la rédaction, ont fait "portes ouvertes". Quelques commentaires apportés par des lecteurs à cette information publiée sur le site de Libé donnent du crédit aux idées développées dans cet article :

    http://www.liberation.fr/dossiers/liberation/serge_depart/216502.FR.php

    Voir en ligne : Sauver Libération, par Edwy Plenel

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