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Cours n°3

LE DISCOURS DE LA MÉTHODE

samedi 16 octobre 2004, par Gaëlle Sartre Doublet

De René Descartes (XVII°s)

I) PREMIÈRE PARTIE

« Le bon sens est la chose au monde la mieux partagée », et c’est pourquoi Descartes choisit d’écrire son ouvrage en français (alors que la tradition emploie le latin) : chacun doit pouvoir comprendre son discours et s’en inspirer.
Descartes expose, à travers la narration de sa vie contée comme une fable, la formation d’une méthode dont il a déjà recueilli les fruits. Toutefois, il admet pouvoir se tromper. Il explique ainsi la raison de son discours :
« y représenter ma vie en un tableau afin que chacun puisse en juger. » (il parle de la qualité de sa méthode).
Déçu par l’enseignement scolastique qu’il a reçu, et après avoir rejeté en bloc : éloquence, poésie, mathématiques, morale, théologie et philosophie (ouf !) pour atteindre le vrai, Descartes quitte l’étude pour voyager : « en me résolvant de ne chercher plus d’autre science que celle qui se pourrait trouver en moi-même, ou bien dans le grand livre du monde »
Cette étude du monde lui révèle la diversité des opinions, qu’elles émanent de la doxa [1] comme des philosophes. Il apprend donc « à ne rien croire trop fermement » et à tâcher « toujours de pencher du côté de la défiance, plutôt que vers celui de la présomption ».
Il va donc se détourner du monde pour entreprendre une étude en lui même.
 [2]

II ) SECONDE PARTIE

En Allemagne, au début de la guerre de 30 ans, Descartes s’arrête dans un village et entreprend de méditer. Il s’avise d’abord que « souvent, il n’y a pas tant de perfection dans les ouvrages (...) faits de la main de divers maîtres qu’en ceux auquel un seul a travaillé ».
Il en déduit que si, dès notre plus jeune âge, nous avions eu toute notre raison, nos jugements seraient plus purs et plus solides qu’ils ne le sont. Il faut en conséquence chercher à ôter les diverses opinions reçues (ou a-priori [3]) de sa raison, afin de retrouver un jugement sûr. Mais pour bien conduire sa raison, il faut une méthode qu’il expose alors, tout en mettant le lecteur en garde contre toute universalité.
Cette méthode, qui comprend 4 préceptes, n’est en effet qu’un exemple ; c’est à ce titre que chacun doit l’étudier :

A) RÈGLE D’ÉVIDENCE :

« Ne jamais recevoir aucune chose pour vraie que je ne la connusse effectivement pour telle ; c’est à dire d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention »
Voici ici exposé le critère de l’évidence, qui n’est en aucun cas lié à l’a priori ou à la précipitation, mais qui, tout au contraire, est un examen mûrement réfléchi de la raison et qui lui livre « ce qui ne peut être autrement que ce qui est. » L’évidence relève de la vérité incontournable que rencontre la raison.

B) RÈGLE DE DÉCOMPOSITION :

« Diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les résoudre. »
Ce second précepte s’inspire de l’analyse géométrique et de l’algèbre, qui réduit des équations complexes à des théorèmes simples, pour mieux les étudier. Autrement dit, pour étudier le violet, je dois le réduire d’abord au rouge et au bleu.

C) RÈGLE DE RECOMPOSITION

« Conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples(...)pour monter peu à peu(...)jusques à la connaissance des plus composés, en supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres »
Nous allons donc, dans notre étude du violet, commencer à étudier le bleu et le rouge, et même, nous allons chercher à instaurer un ordre entre le bleu et le rouge, bien qu’il n’en existe pas nécessairement un naturellement. De la connaissance des vérités premières naîtra ensuite la connaissance des vérités plus difficiles à atteindre. En d’autres termes, de notre connaissance du rouge et du bleu naîtra notre connaissance du violet.

D) RÈGLE DES DÉNOMBREMENTS

« De faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre »
Par exemple, je cherche à savoir de quelles couleurs sont tous les cygnes. D’emblée, par préjugé [4], je vais être tenté de dire que le cygne est blanc. Or, il existe des cygnes noirs en Australie. Cela, je ne pourrais le savoir qu’après avoir répertorié tous les cygnes. Cette tâche peut paraître difficile, et parfois même impossible à réaliser, mais la vérité est à ce prix. (Nous étudierons ultérieurement ce point en épistémologie la philosophie des sciences « dures », avec Karl Popper notamment.)

III) QUATRIEME PARTIE

Ces principes étant posés, Descartes va à présent rejeter tout ce qui peut receler la moindre parcelle de doute, pour voir s’il ne lui reste rien qui puisse être indubitable. L’époque de Descartes connaît un scepticisme baroque qui cherche à rejeter tout savoir, et dont Descartes s’inspire pour mieux le nier. Car Descartes n’est absolument pas un sceptique : il ne fait « table rase » que pour mieux reconstruire, alors que les sceptiques [5] prônent la suspension du jugement. Ils demeurent ainsi dans l’irrésolution, qui, pour Descartes, n’est qu’une étape et doit être dépassée.
Ainsi, Descartes va rejeter :
- Ce que lui livrent ses sens, car il est connu que nos sens nous trompent quelquefois.
- Toutes les raisons qu’il prenait pour démonstrations ; certains raisonnements, nous le savons, peuvent être fallacieux.

Par exemple, celui-ci :

Tout ce qui est bon marché est rare
Or, tout ce qui est rare est cher
Donc, tout ce qui est bon marché est cher

- Toutes ses pensées. En effet, quelquefois, dans notre sommeil, nous avons l’impression que nos songes sont
réels. Il se pourrait que nous vivions constamment dans un songe et c’est pourquoi toutes nos pensées doivent
être rejetées.

Nous le voyons, Descartes bannit tout ce qui pourrait l’induire en erreur.
« Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. »
En effet, moi qui doute de tout, je ne peux cependant pas douter que je doute (car douter de son doute, c’est encore douter). C’est ainsi que Descartes aboutit à la première vérité de sa philosophie :

JE PENSE DONC JE SUIS

CONCLUSION :

L’apprenti philosophe devra retirer 2 éléments de cette étude :

1 On ne conduit pas sa raison de n’importe quelle manière, il faut adopter une méthode que l’on peut se construire (mais celle de Descartes n’est peut-être pas si mauvaise !)

2 L’homme peut avoir foi en sa raison et en l’existence indubitable de son esprit.(Il s’en doutait déjà a priori, mais là, on le lui DÉMONTRE !)

Nous pouvons désormais aborder le problème de la MÉTHODOLOGIE en philosophie, qui est avec les mathématiques et par excellence l’école de la RIGUEUR...
Mais ce n’est pas si terrible que ça en a l’air :
courage :-) !

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[1Opinion commune

[2NB : Il existe 6 parties à cette oeuvre. Nous avons délibérément choisi de ne pas traiter la 3°, la 5° et la 6°, car elles ne font pas partie de notre sujet : « Qu’est -ce que la philosophie ? »

[3avant toute expérience

[4jugé avant toute expérience

[5De skepsis en grec ; la recherche critique, l’examen

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