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LES JOURS ET LES HOMMES DE LA TRAHISON

Comment une extrême-droite française a préparé et réalisé la liquidation de la République en juin 40

samedi 13 mai 2006, par Jean Christophe Grellety

Dans un ouvrage de 300 pages, "A mort la Gueuse", un avocat bordelais, Maître Gérard Boulanger, expose les faits et présente les personnages principaux d’un drame, celui de la fin de la 3ème République, sous les coups de butoir d’une coordination mafieuse et militaire.
Au cours d’un entretien de 45 minutes, il nous explique pourquoi un procès en haute trahison aurait encore du sens...

Dans « L’étrange défaite », l’historien Marc Bloch s’interrogeait sur les causes de la débâcle, lui qui avait fait partie des armées françaises en déroute. C’est qu’en 1939, tous les spécialistes militaires s’accordent à considérer que l’armée française est la meilleure armée du monde. Pourtant, elle va être balayée en quelques petites semaines, balayée par la trop fameuse "Blitzkrieg", la stratégie militaire allemande de la "guerre-éclair", balayée par une volonté inversement proportionnelle de se battre et de gagner entre les leaders allemands et ceux qui dirigent la France.
C’est en tout cas le « mythe », inventé dans ces jours mêmes, par celles et ceux qui ont décidé, depuis longtemps, que la capitulation était inévitable, nécessaire, et la meilleure des choses qui puisse arriver à la France. Car depuis 1936, l’extrême-droite n’est pas seulement le rassemblement de quelques idéologues lettrés et de quelques fanatiques encagoulés, mais une puissance économique, avec le renfort de milliers de patrons, « scandalisés » par les réformes du Front Populaire.
Dans son ouvrage « A mort la Gueuse », l’avocat bordelais, Maître Gérard Boulanger, s’est intéressé, en historien, à ces quelques journées, méconnues, de cette défaite qui s’apprête à devenir armistice - ou « comment Pétain liquida la République à Bordeaux, les 15, 16 et 17 juin 1940 » comme l’indique le sous-titre.

Dans un ouvrage de plus de 300 pages, l’avocat raconte les faits dans leur chronologie, en faisant appel à de nombreuses sources, à des informations locales. Car c’est dans la ville la plus conservatrice de France que le gouvernement, réfugié comme à l’accoutumée lorsque le territoire est envahi à l’est ou au nord, va tenter de mobiliser les Français, les armées, les soldats, mais en fait va s’effondrer de l’intérieur, miné par le travail de sape, préparé de longue date, des Pétain, Laval, Weygand, Chautemps, Darlan et du maire de Bordeaux de l’époque, le national-socialiste français, Adrien Marquet.

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Adrien Marquet

Maître Gérard Boulanger nous a reçu à son domicile pour un entretien de 40 minutes. L’enregistrement audio de cet entretien peut être écouté, après téléchargement du fichier.

VP : Il y des centaines de livres et de spécialistes sur Hitler. Vous, vous avez travaillé sur un aspect de cette guerre que les historiens français n’ont, jusqu’ici, pas traité, les journées bordelaises qui voient le basculement de la République vers le régime de Vichy.

GB : L’épisode de Vichy, où Pétain fait voter les pleins pouvoirs le 10 juillet, est archi-connu et méconnu, au prix d’une confusion. Car pour beaucoup des acteurs de ce vote, il ne s’agit pas d’éteindre la République. Mais il y avait, bien entendu, quelque naïveté à croire que Pétain ne s’en servirait pas de manière dictatoriale. Dès le 11 juillet, Pétain parle de l’Etat et plus de la République. En revanche, ce qui s’est passé à Bordeaux, en juin 40, et qui me paraît infiniment plus décisif, cela a été ignoré.

VP : Et au cours de ces journées décisives, il y a, par exemple, l’arrestation de Georges Mandel...

GB : Oui. Et tout cela se joue vite, en trois jours, dans un climat épouvantable, où la population de Bordeaux va quasiment sextupler en un mois et demi.

VP : Et les Bordelais sont, encore moins que d’autres, habitués à cela, à être "bousculés".Beaucoup de citoyens se réfugient à Bordeaux, mais il n’y a pas tant que cela d’élus de la République...

GB : Oui, 1/10 ème de la classe politique rallie Bordeaux. Il y a une centaine de parlementaires, sur le millier que comptent les deux chambres.

VP : Et cela facilite les choses à ceux qui préparent la prise en main de la République.

GB : Cela facilite d’autant plus les choses que les Présidents des deux chambres et le Président de la République refusent de les réunir, parce qu’ils n’ont pas confiance dans ce qu’ils vont faire. Mais d’ailleurs, ils n’auraient réuni que les débris des deux chambres. Ils pensaient qu’il y avait un état d’esprit défaitiste qui avait gagné tout le monde. Et cette supposition était contestable. Car lorsqu’il y aura un vote, le 21 juin, au cinéma le Capitole, avec 25 sénateurs, plus de parlementaires, le défaitiste Laval qui a soumis une motion perd !

VP : Malgré tout, le plan de Laval, de conquête du pouvoir se réalise.

GB : D’autres partageaient ce plan. Il y avait les factieux, et les opportunistes.

VP : Et les cagoulards, qui, depuis 1936, travaillaient avec passion à la chute de la République...

GB : Mais à la différence des cagoulards qui avaient préparé un coup d’Etat par les armes, la méthode pétainiste est "à l’étouffée", c’est un coup d’Etat rampant, il ne faut pas que cela se voit. Pétain va être grandement aidé par tous les militaires factieux de l’état-major, lecteurs de l’Action Française, l’Etat-Major maurassien, et notamment Weygand...

VP : Question annexe mais importante : comment la République a-t-elle pu confier des responsabilités militaires aussi élevées à des individus qui détestaient à ce point la République ? Et cela, on sait que cela ne date pas de cette fin des années 30. La situation était identique avant 1914, avant 1870...

GB : Avec l’affaire Dreyfus, il y a un divorce entre l’Etat-Major de la grande muette, et la République, qui ne s’est jamais résolu...
Mais il est très surprenant de voir des grands politiques, y compris Blum, se tromper autant sur la personnalité de Pétain...
Quand vous savez que, envoyé à Madrid pour représenter le gouvernement français, au début de l’année 40, il va serrer la main de l’ambassadeur allemand, alors que les deux pays étaient en guerre !

VP : Tous ces hommes qui se dirigent vers Bordeaux sont accueillis par un maire qui est ravi de cette situation, Adrien Marquet...

GB : Adrien Marquet a le même trajet politique que Laval. Il vient de l’extrême-gauche, mais il a très vite évolué, il était déjà à la droite du Parti Socialiste de l’époque, avec lequel il rompts dès 1933, suite au fameux Congrès de la Mutualité où il a déclaré que le programme du Parti Socialiste doit être du "Ordre, Autorité, Nation". Blum est épouvanté, et finalement, il y a une scission très rapidement...
Marquet, qui quitte la SFIO, va entrer, en 34, dans le gouvernement, après les émeutes organisées par l’extrême-droite, et il y rencontre Pétain. Depuis 34, Marquet couvait Pétain du regard, et quand, en 1940, tout ce petit monde va se retrouver à Bordeaux, Marquet va être l’hôte incomparable qui va accueillir Laval à la mairie : il lui donne un bureau près du sien et voulait même lui donner son propre bureau (...)
Quand les Bordelais ont choisi Adrien Marquet en 1925, il est socialiste. Et de 1925 à 1940, et même après la guerre, il évolue jusqu’à l’extrême-droite. L’électorat maurassien de Bordeaux va se reconnaître dans Marquet. C’était une conjonction d’électorats très curieuse : un électorat populaire qui le suit, dans ses dérives successives et vote avec un électorat antirépublicain.
La Gironde a été le seul département de France où il n’y a pas eu de comité d’unité populaire pour le Front Populaire. Il va d’ailleurs inventer le signe du gamma, qui va être le symbole de la Milice...

VP : Le travail de sape de l’extrême-droite contre la République se concrétise enfin pendant ces journées dont votre ouvrage nous parle, les 15, 16 et 17 juin 40.

GB : Il y a plusieurs choses qui se conjuguent. L’Etat-major est factieux, puisque, comme je l’explique dans le chapitre que j’ai consacré à Weygand, il va refuser d’obéir à Reynaud. Pour Weygand, la France a commis l’erreur d’être en République, et donc il refuse d’engager une capitulation militaire. Il préfère un armistice, car il s’agit pour lui, comme pour Pétain, de signer tout de suite un traité de paix avec Hitler et d’engager ce que l’on va appeler après une "collaboration". Il se fait le "syndicat des intérêts moraux" de l’armée, face au gouvernement républicain. Mais il n’est pas le seul. Tous les militaires qui sont autour de lui sont aussi factieux, ils apportent des écoutes téléphoniques du Président du Conseil, Reynaud, au Vice-Président du Conseil, Pétain. Vous imaginez la situation ? C’est comme si aujourd’hui Sarkozy faisait écouter Villepin ! [1]
Darland, de son côté, va refuser que les navires de la flotte servent à transporter les troupes, du matériel, en Angleterre et en Afrique du Nord...

VP : Tout l’Etat-major mérite d’être mis aux arrêts et d’être traduit pour haute trahison devant une cour martiale !

GB : Tout à fait. Mais tout va se jouer très vite. Pétain, le "rancuneux", va savoir tourner vers lui, capter dans ses filets tous les opportunistes parce qu’ils sont quelques-uns à penser que le vieux maréchal a 84 ans, et qu’ils peuvent lui succéder...

VP : Mais comme un célèbre film français, ils ne savent pas qu’ils ont signé pour un "Viager", avec un homme qui va vivre encore longtemps...

GB : Oui, et lui dispose d’un capital de popularité qu’il a su entretenir et développer, grâce à "l’Illustration" dont Pétain fait la Une à répétition dans les années 30-40. Il va s’arroger les mérites de la victoire de Verdun, alors que, selon tous les maréchaux de l’époque, c’est Nivelle qui est le grand vainqueur de cette bataille, et Pétain n’est pas en poste de commandement opérationnel lorsque tombe le fort de Vaux.

VP : Il n’est pas un héros, mais il est considéré comme tel. On fait vivre les Français dans un mensonge constant.(...)

GB : Quand Pétain va à la radio, pour dire "c’est le coeur serré que je vous dis, il faut cesser le combat", cela va nous coûter 1.100.000 prisonniers. Parce que tout le monde comprend dans l’armée que c’est fini, alors que les négociations pour un éventuel armistice n’ont même pas commencé. L’arrestation de Mandel, ce jour même, est lourde de conséquences, et préfigure déjà ce qui va se passer dans les années qui suivent : l’antisémitisme, bien sûr et la remise en cause du droit républicain. Mandel, député, était en effet protégé par l’immunité parlementaire.

VP : Et Mandel, parce qu’il est français, mais aussi juif, refuse de partir, malgré l’invitation pressante du représentant du gouvernement anglais à Bordeaux, parce qu’il dit, si je pars, on va...

GB : Dire que je fuis. Mais il n’échappera pas à cette accusation, puisque le Massilia, affrêté par Darland pour Casablanca, est un piège. Mandel va être à nouveau fait prisonnier.

VP : 40 ans après l’affaire Dreyfus, la France n’a pas guéri de l’antisémitisme. Un citoyen français juif, compétent dans sa fonction, n’était pas encore considéré pour sa compétence, mais pour sa judéïté...

GB : Et il n’est pas sûr que le problème soit réglé aujourd’hui. Imaginons un candidat à la présidentielle qui soit juif...
(...)

VP : Dans quel état était la presse en France dans les années 30-40 ?

GB : C’est une presse qui est largement corrompue, souvent achetée par Hitler et Mussolini. De nombreux hommes politiques français sont corrompus de la même manière, comme par exemple un régional de l’étape, le sénateur-maire de Cahors, Anatole de Monzie, qui a réussi un sans-faute sur le plan de la corruption, puisqu’il percevait des fonds secrets de l’Italie fasciste, de l’Allemagne nazie, et de l’URSS de Staline !

VP : Et à la fin de la guerre, Anatole va s’en sortir...

CB : Oui, car comme d’autres, il aide Pétain à prendre le pouvoir, mais Pétain avait le goût de l’ingratitude, et il détestait les parlementaires. Une fois parvenu au sommet du pouvoir, il va virer de son entourage tous ceux qui ont ce profil et, à la fin de la guerre, ils pourront dire, "mais moi, je n’étais rien".
Quelques notices dans le Robert de 1975 présentent des gens qui auraient résisté dès 1940, alors que...

Avril 2006 - Entretien avec Jean-Christophe Grellety

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Ce n’est pas une mission impossible...

À lire aussi sur Vox Populi :
- Quand l’extrême droite préparait la chute de la République
- L’autre négationnisme.


[1NDLR : après Clearstream, ne jurons plus de rien en la matière...

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