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OSAMA

de Siddiq Barmak

samedi 7 octobre 2006, par Nathalie Mauerhofer

Parce qu’on peut difficilement passer à côté d’un chef d’œuvre et parce que nos yeux libres d’Occidentaux sont un soutien et même une arme contre l’intégrisme, nous avons l’honneur de vous présenter le 43ème film afghan réalisé en 2003 : Osama, de Siddiq Barmak.
Son réalisateur, qui a combattu aux côtés du Général Massoud, prend ouvertement position contre les talibans et dénonce le régime de terreur, d’injustices et de mensonges infligé à son pays.

Le contexte socioculturel

Dès les premières images, le spectateur chavire, submergé par l’émotion d’une vision presque irréelle. Une mer de burkas bleu azur envahit l’écran : des femmes afghanes manifestent dans la rue.
Sans exagération, c’est l’un des plus beaux plans du cinéma mondial de cette dernière décennie. Son esthétique est d’une grande pureté et sa force d’expression nous laisse sans voix. Cette scène, impressionnante, nous livre à nous-mêmes, souffle coupé.

Le ton est donné, le message limpide : toute liberté individuelle est réprimée sauvagement.
Dès ces premières séquences, l’auteur s’applique à nous décrire, tout au long du film, cette infernale machine à broyer les individus qu’est l’intégrisme des talibans.
De ces femmes, nous ne connaîtrons que leurs voix, fluettes, douces, tellement féminines, même lorsqu’elles scandent des slogans libérateurs. Elles sont voilées de la tête aux pieds, leurs visages sont engrillagés, leurs rondeurs complètement dissimulées sous l’immense tissu sans forme.
Leurs pieds aussi doivent être cachés, car ils peuvent susciter des « pensées nocturnes polluantes », comme l’affirme, dans le film, un mollah.
C’est une véritable vision fantomatique d’un peuple de prisonnières, enchaînées à leur propre condition de femmes enterrées vivantes, qui nous est ainsi offerte.

Bien sûr, la manifestation tourne court. Les talibans sont rapidement sur les lieux pour mater les courageuses manifestantes à grands coups de crosses ou de jets d’eau - autre application du "karscher"...
Ils tirent sur ces mères de famille. Ils en capturent quelques-unes, les traitent comme des chiennes. Vêtus de noir, leurs yeux sont perçants, accusateurs, démoniaques.
Leurs bouches - gueules devrais-je dire - vomissent des vulgarités cinglantes en continu.
Ils ont l’insulte facile. Chaque être humain "libre" se trouve désormais abaissé au rang de « gros porc », injure suprême dans ce pays.
Tout n’est que violence et brimades. Les fêtes sont interdites, les mariages se font en catimini. Toute cérémonie est grimée en deuil dès que les talibans surgissent. Les hommes sont humiliés et les femmes réduites à l’esclavage. Elles ne peuvent sortir seules, doivent en permanence être accompagnées d’un homme ou, à défaut, d’un petit garçon. Elles n’ont pas le droit de parler aux étrangers. Elles doivent rester à la maison et ne pas travailler hors de chez elles.
La spirale mortifère est enclenchée : l’Iran n’a plus d’infirmières, de médecins, de professeurs ; l’hôpital est un champ de ruines, un mouroir vétuste criblé de balles, dans lequel les médicaments sont de plus en plus rares.
On manque de tout. Une véritable misère infligée à l’homme par l’homme se nécrose.
Soudain, dans cet hospice déserté des vivants, la caméra se fige : un petit garçon boitillant, gravement déformé par la polio, est laissé à l’abandon.
Seul, il se traîne dans les couloirs désertés de cet ersatz d’hôpital, mendiant désespérément des soins.
L’image est tout simplement insupportable : elle défie quiconque de retenir ses larmes.

Osama

C’est dans ce contexte lourd que surgit le personnage principal : une petite fille de 12 ans dont on ne connaît pas le véritable prénom. Vivant seule avec sa mère et sa grand-mère, elle a vu son père et son oncle mourir à la guerre. Sa mère est infirmière - ou plus exactement l’ était  : elle n’a plus le droit de travailler, comme l’assène la loi des talibans.
Asséner, assommer, nier : c’est un véritable coup fatal que cet arrêt inflige aux femmes. Sans homme, la mère de cette petite fille n’a plus de quoi subsister.
Désormais impuissante, incapable de faire bouillir la marmite, elle n’a qu’un seul choix : sa fille deviendra un garçon.
Le petit Osama est né.
Les cheveux courts, le regard tout à la fois rebelle et terrorisé, il va devoir travailler chez un ami commerçant qui couvre la combine.
Mais un jour, les talibans décident de ramasser tous les garçons de la ville pour « éduquer » ces soi-disant petits ignares. Inutile de le préciser : ces fous de Dieu entendent par le mot éducation la récitation machinale du Coran, les leçons d’armes et l’apprentissage des ablutions.
Osama est réquisitionné comme les autres. Commence alors l’enfer pour celle qui n’est encore qu’une petite fille...

Au delà du film : une vie

L’actrice principale s’appelle Marina, une fillette de 13 ans que le réalisateur a rencontrée dans les rues en ruines de Kaboul.
Depuis l’âge de 5 ans, son petit frère et elle mendient pour faire vivre leur famille.
Avant, ils vivaient heureux à la campagne. Pourtant, un jour, la guerre a détruit leur maison. Marina a perdu ses deux grandes sœurs sous les bombardements et son père qui combattait aux côtés du général Massoud a été gravement blessé à la jambe. Ils ne peuvent plus rentrer chez eux car les champs de leur propriété sont complètement minés.
Devenus réfugiés du bidonville de Kaboul, ils sont réduits à l’état de mendicité depuis 8 ans.

Les "bonus" du film - si l’on peut encore s’exprimer ainsi - sont encore plus poignants que le film lui-même.
Nous assistons à la rencontre de Marina et de Siddiq Barmak ; nous découvrons, pas à pas, la vie misérable de cette petite fille qui ne sait ni lire, ni écrire et dont le plus grand rêve est d’aller à l’école.
Pour les besoins du film, elle doit apprendre oralement ses répliques, ce qui ne fait que renforcer l’authenticité du personnage : Marina ne joue pas, elle est.
Marina a souffert, souffre encore et son regard d’enfant terrorisé n’est pas de la composition.
Lorsque le metteur en scène veut la faire pleurer pour les besoins du film, il lui suffit d’évoquer ce qu’elle a vécu. La petite fille, qui pour la première fois rit en découvrant ses lèvres ourlées de rouge, se voit violemment rabrouée par son "mentor" : "tu ne te souviens donc pas de ce que tu as subi ?".
Scènes qui nous mettent mal à l’aise, terriblement cruelles...
Cependant, ce traumatisme d’enfant de la guerre ne doit pas gommer le fait que Marina est une jeune fille talentueuse et qu’elle interprète de manière grandiose le rôle difficile qu’on lui a confié.
A Vox Populi, on est tombé sous le charme de cette actrice, de son intelligence, de sa finesse, de son tact et de sa douceur. Marina a une sensibilité hors du commun : le réalisateur a du rencontrer plus de 3000 fillettes avant de la découvrir.

Ecriture du film

Soulignons ici le travail remarquable du directeur de la photographie, Ibrahim Ghafuri. Les images sont de toute beauté et le choix des différents plans participe autant à une beauté purement esthétique qu’à un parfum de poésie très envoûtant.
C’est ce choix qui retranscrit si bien le charme du cinéma afghan, mélangeant deux genres complètement opposés : le réalisme le plus cru... et le conte.
C’est lui qui permet au film d’exhaler toute la douceur de l’âme afghane et de sa fibre littéraire.
Jamais l’écriture du scénario n’empeste la violence gratuite. Ici, la vitesse de l’image et le style trop souvent haché des films qui broient l’image et nous arrachent les yeux des orbites n’ont pas leur place.
Malgré un message particulièrement dur, il émane de ce témoignage une grâce, un raffinement, une sensibilité à fleur de peau. Et ça fait un bien fou...
Les doigts qui ont écrit cette partition s’avèrent particulièrement délicats et doués.

Ajoutons enfin que dans ce film, le symbole de l’enfermement revient de manière incessante.
Là encore, le message est évident : personne ne s’échappe des grilles de l’enfer des talibans. Impossible pour la petite fille de s’enfuir de « l’école », lorsque les fous de Dieu découvrent sa féminité aux premiers signes de ses règles : les épais murs de l’enceinte, en mortier grossier, sont infranchissables.
Les barreaux des prisons, les cages où l’on enferme les femmes quadrillent l’espace du début à la fin.
Les verrous, les clés, les chaînes rythment la bande son de leurs cliquetis sordides.
Et pire que tout : ce cadenas que le mollah offre à sa femme en guise de cadeau de mariage...

Les talibans passent la plupart de leur temps à tout cadenasser. Serait-ce l’une des explications d’un élément de la bande son ? Par trois fois, un grincement épouvantable surgit après chaque moment fort du film.
Quel est ce crissement métallique difficilement identifiable ? Une chaîne qui se balance ?
Je n’ai pas encore trouvé de réponse satisfaisante à cette question. Vos suggestions seront les bienvenues...

Pour aller plus loin :

Voir le site officiel du film
En savoir plus sur le film en lui-même

Littérature parallèle :

Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra
Enfance féminine de Taslima Nasreen

Quelques impressions d’Afghanistan, de Martine Storti.

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