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INDIGÈNES, MÉCHANTS BLANCS ET TRAÎTRES KABYLES

mercredi 12 septembre 2007, par Rezki Mammar

Le mensuel "L’Indigène de la République" est une publication de l’association du même nom.
Dans un texte intitulé "Le petit facho de gauche", on trouve un abécédaire sur le thème du racisme plein de références très... raciales.
Les mots choisis se veulent le vécu d’un quidam victime de l’intolérance, mais ils montrent aussi hélas que l’auteur reporte la violence subie envers d’autres objets : le blanc, le laïc, le traître, voire le Kabyle.
Le site "Les Mots sont importants", qui partage ce point de vue, a reproduit le contenu de ce pamphlet, pas franchement révolutionnaire.
En voici quelques extraits, à lire tout haut.

Les Indigènes

L’organisation Les Indigènes de la République défend une certaine idée de la société française.
Le constat de départ est le suivant : les populations issues de l’immigration des anciennes colonies sont victimes de discriminations. Pour eux, la France est restée un « Etat colonial », coupable de « domination ».
Le racisme, les discriminations et même la loi sur le voile sont directement liés à cette domination.
L’opération permet de rendre tous les Français responsables des actions de personnes mortes depuis.

Ce discours ne s’embarrasse pas de complexité. Les populations « Indigènes » sont désignées tantôt en fonction de leur religion, tantôt en fonction de leur couleur de peau, ce qui donne des groupes "sociologiques" flous, fort peu homogènes.
Dans ce "découpage à la hâche" des flux de l’immigration nord-africaine et africaine, l’islam joue un rôle important : il sert de référence identitaire.

Les "Maghrébins" sont également souvent mentionnés (pour les Indigènes, ces derniers sont « arabes ». Nous verrons ci-dessous comment les Indigènes ont repris à leur compte la thèse du Berbère coupable de collusion avec le colonialisme).

Le mot « arabe » à toutes les sauces

Nous nous intéresserons surtout à la seconde partie du "Petit facho de gauche", où l’auteur se propose de décrire les "races".
Voici le premier mot étudié par cet étrange "dictionnaire" :

" Arabe :
- Version « Les mille et une nuits » : phonétiquement, prononcer "ârââbe", en fermant langoureusement les yeux, sur fond d’Oum Kalthoum, lors d’une discussion à propos des magnifiques poèmes de Khalil Gibran.
- Version « foyer Sonacotra » : phonétiquement, prononcer « le problème avec les arabes... », en ouvrant fébrilement les yeux, lors d’une discussion à propos des problèmes d’insécurité dans les cités.
"

Pour les Indigènes, les populations issues de l’immigration nord-africaine sont « arabes ». Or, les personnes originaires du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie sont en réalité berbères (même si beaucoup parlent arabe car cette langue a gagné du terrain au cours des siècles).
Logique : la majorité des Français est elle-même convaincue que le peuple arabe domine le Proche Orient et même l’Afrique du Nord. L’appellation Maghreb (Le Couchant) contribue d’ailleurs à situer l’Afrique du Nord dans le monde arabe et à la détacher du reste du continent africain.

Dans le passage que nous citons, les Indigènes dénoncent une forme d’hypocrisie qui consisterait à aimer les mille et une nuits et la musique d’Oum Kalthoum, tout en accusant les Arabes (plus exactement les Nord-Africains) d’être une source d’insécurité.
En d’autres termes, la France serait fascinée par la culture arabe alors même qu’elle n’aime pas les « Arabes », dixit les Indigènes.

Or, la réalité est toute autre : si les Français aiment en effet la culture orientale, ils savent que les mille et une nuits ont pour cadre la civilisation persane et qu’Oum Kalthoum est Egyptienne.
En revanche, force est de constater que dans l’hexagone, non seulement les Nord-Africains sont trop souvent victimes de discriminations, mais que leur culture est déconsidérée.

Finalement, les Indigènes et l’opinion publique ont un point commun : ils oublient que l’Afrique du Nord mérite autant d’intérêt que le lointain Orient. Une solution consisterait à travailler à faire connaître la culture et l’histoire de l’Afrique du Nord, y compris aux enfants issus de l’immigration, au lieu de fantasmer sur une mythique race arabe.

Shéhérazade, le personnage des Mille et une nuits, est une Persane, Oum Kalthoum est Egyptienne et les travailleurs des foyers Sonacotra sont Nord-Africains.
Parmi les ancêtres de ces derniers figure un empereur romain du nom de Caracalla, berbère, qui a étendu la citoyenneté romaine à tous les habitants de l’Empire (jusque-là réservée aux seuls Italiens).

Retournement de la violence contre soi

Prenons un autre article :
« Kabyles : Hommes et femmes à l’esprit beaucoup plus laïc, poétique, dithyrambique et anthropo-sidérurgique que les algériens d’origine maghrébine. En effet, eux ont le bon goût d’avoir la peau claire, certains poussant même leur soif d’universalisme jusqu’à avoir les yeux verts. »

Ici est fait référence à une population issue de l’immigration algérienne. Les Indigènes surestiment volontairement le nombre de Kabyles à la peau et aux yeux clairs. Le but est de montrer du doigt le mauvais élève de la classe, qui (parfois) ressemble à s’y méprendre au colonisateur.
Et pour cause : depuis le début du XXème siècle, tout en revendiquant l’indépendance de l’Algérie, les Kabyles aspirent à une société multiculturelle où leur langue, le berbère, serait reconnu au même titre que l’arabe.
A plusieurs reprises dans l’histoire, les éléments les plus hostiles à cette quête de reconnaissance tourmentée ont taxé ses représentants de « séparatisme », les suspectant même de collusion avec la France coloniale.

Plusieurs purges ont d’ailleurs eu lieu dans le mouvement nationaliste algérien pour éliminer les éléments dits « berbéristes », dont la plus importante eut lieu en 1949. Le but était de faire taire toute « division » de la « nation arabe ».
Avec cette conséquence : à l’indépendance, les élites berbérophones qui avaient pourtant participé à l’émancipation nationale furent forcées de s’aligner sur la nouvelle idéologie linguistique...

Les Indigènes de la République ont parfaitement su surfer sur cette thèse éculée de l’alliance entre les Kabyles et les colonisateurs. Dans l’Appel du mouvement relayé par TouTEsEgaux on trouve cette phrase :
"Comme aux heures glorieuses de la colonisation, on tente d’opposer les Berbères aux Arabes, les Juifs aux “Arabo-musulmans” et aux Noirs".

La méfiance envers les Berbères traduit ainsi un refus d’assumer les origines autres que celles prônées par les nationalistes arabes depuis le début du vingtième siècle.

Le traître à son « camp »

En agitant le spectre du complot berbère ourdi par le colonisateur, les Indigènes espèrent ramener les brebis égarées au sein d’un front « arabe » et « noir », plus cohérent pour un combat ethnique contre l’Occident.
Pour les nationalistes arabes qui ont conçu ce raisonnement, la culture berbère et sa langue sont une invention de la France, destinée à semer la discorde.

Il arrive que ce discours passe, puisqu’on trouve des Kabyles au sein des Indigènes et autour d’eux. Tout comme on trouve en Algérie et au Maroc des berbérophones prêts à servir la cause de l’assimilation. Mais le tissu associatif kabyle de France, même s’il est émietté, semble hostile à toute alliance sur des références à une « race », qu’elle soit « arabe » ou non.

Le mariage mixte ? Une hérésie !

Pour la fine bouche, on trouve enfin un passage sur le mariage mixte franco-kabyle :
« "Ma femme kabyle et moi" : Façon de présenter sa femme à ses amis de gauche en rentabilisant de façon maximale un mariage mixte. En effet, cela permet d’être intouchable en matière de tolérance et de grand-humanisme, même lorsqu’on s’accorde, au cours d’une discussion de gauche, une blague un peu raciste mais pleine de tendresse sur ces bons-à-rien d’Algériens. »

Non content de comploter avec les odieux colonisateurs, les Kabyles sont présentés comme des opportunistes prêts à tout pour servir de sous-fifres, allant jusqu’à contracter des mariages mixtes et à en subir les contradictions.
On retrouve ici et une fois de plus l’image du traître, souvent décriée dans les forums islamistes : le Kabyle mangeur de cochon, qui casse du sucre sur le dos des « Arabes » et qui pactise avec le Diable : ce Français colon, forcément colon.

Une vision partagée dans la frange dure de l’islam de France. Dans leur ouvrage Marianne et Allah, Vincent Geisser et Aziz Zemouri ont repris ce type de thèse, où le Kabyle demeure l’éternel cheval de Troie de la domination française, incapable de penser par lui-même.
Pour preuve, en voici un extrait éloquent :
« En définitive, la "politique kabyle", héritée de la période coloniale, à l’instar de nombreuses manifestations actuelles du clientélisme communautaire et électoral, fonctionne moins aujourd’hui comme une politique en faveur des membres de la dite "communauté" d’appartenance (les Kabyles, les Berbères de France) que comme un rempart imaginaire à la menace "arabo-musulmane" », la kabylophilie étant déployée selon une logique de contre-feux identitaires pour protéger une cohésion nationale censée être en péril. »
(Cité sur le site de la Ligue des droits de l’homme de Toulon)

Il n’y a donc rien à répondre, toute objection apparaissant immédiatement comme un soutien au racisme anti-arabe.
Autrement dit, l’ensemble des populations Nord-Africaines est utilisé comme bouclier humain pour prévenir toute contestation...

Un bon Kabyle est donc un « Arabe », sinon c’est un traître. Avec un tel raisonnement, on en déduit que les discriminations engendrent l’intolérance et que les victimes réelles ou imaginaires ont besoin à leur tour de boucs émissaires.

A savoir :
- Le Petit facho de gauche est paru en feuilleton dans L’Indigène de la République et a été repris sur Internet.
- L’Appel des Indigènes de la République, publié en janvier 2005 par le site Ouma.com. Le texte a suscité des réactions comme cette Réponse aux « Indigènes de la République » de Brigitte Allal, la fondatrice du Manifeste des libertés.
- Sur un autre ton, à parcourir aussi : le blog des Indigestes de la République islamique
- Enfin, notre émission audio : "Les Indigènes et le « racisme démocratique" et l’article "Le Pen, allié objectif des intégristes musulmans".

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