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ADN : LES RAISONS DE LA COLÈRE - vox-populi.net

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ADN : LES RAISONS DE LA COLÈRE

samedi 13 octobre 2007, par Gaëlle Sartre Doublet, Miss Achtar

Ce samedi 13 octobre à partir de 14H se tiendra une manifestation sur le parvis des Droits de l’Homme au Trocadéro à Paris afin de protester contre l’amendement Mariani, le fameux qui prévoit le recours aux tests ADN pour les étrangers candidats au regroupement familial, et dimanche, un meeting aura lieu au Zénith.
Alors que la pétition "Touche pas à mon adn" lancée par "Charlie hebdo", SOS Racisme et "Libération" bat son plein (170.000 signatures recueillies à l’heure actuelle), on assiste à un rassemblement national dépassant largement les clivages politiciens traditionnels.
Vox Populi a choisi de rappeler ici pourquoi il faut exiger le retrait définitif de cet amendement.

Le ton monte au sujet des tests ADN, y compris au sein de la majorité.
A ce propos, François Goulard, Député UMP du Morbihan, est on ne peut plus clair :
« Je suis contre cet amendement ADN. Je l’ai dit, je le répète. Mon engagement est public. Je trouve donc logique de participer à une manifestation qui réclame son retrait. Dimanche soir, il y aura sans doute plus de personnalités de gauche que de droite. Peu m’importe. La question dépasse largement les clivages partisans. Je pense qu’il est bon de montrer qu’il y a aussi à droite, des hommes et des femmes attachés au respect des droits de l’homme. Je suis convaincu que beaucoup de parlementaires UMP n’ont pas osé exprimer une opinion défavorable mais que, dans leur for intérieur, ils sont d’accord avec moi. Ancien ministre de la Recherche, je ne peux, pour ma part, qu’être sensible à la présence de nombreux scientifiques également hostiles à cette disposition. Le combat est aujourd’hui largement symbolique. L’amendement, sous-amendé deux fois, par l’Assemblée nationale puis par le Sénat, est inapplicable et vide de sens. Mais je fais de son retrait une affaire de principe et de morale politique. »

Nous ajouterions : d’éthique. Car lorsque Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la politique de la Ville et ex-présidente de "Ni putes ni soumise" déclare mardi dernier sur les ondes de France Inter : « L’ADN je ne suis pas d’accord parce que je pense qu’on touche à quelque chose qui n’est pas bon pour notre pays. Je le dis aussi en tant que fille d’immigrés : y en a marre qu’on instrumentalise à chaque fois l’immigration, pour des raisons très précises. Je trouve ça dégueulasse ! », on entend certes une sortie aussi directe que sincère, mais dont il faut reconnaître qu’elle n’a pas le mérite de nous éclairer de manière fulgurante sur les raisons profondes qui font qu’un tel amendement ne doit pas voir le jour.

C’est le problème de la gauche - et plus encore de l’extrême gauche - que de rester toujours dans l’incantation, eut-elle raison. C’est pourquoi un nombre non négligeable de citoyens, s’exprimant sur divers blogs, semble totalement hermétique aux enjeux d’un tel dispositif et ne mentionne que "l’immigration" ou "l’économique". Entre clans partisans, on se bat sur des chiffres, on s’étrille sur la situation de "faillite" de la France et l’on en oublie l’essentiel : l’éthique ne se marchande pas, qu’elle concerne un individu ou 10.000.

Pourquoi faut-il refuser cet amendement ?

 [1]

- D’abord, parce qu’il est illégal : alors que les lois de bioéthique ont placé sous le strict contrôle du juge l’usage des tests ADN comme moyen de preuve de la filiation, il s’agit ici de confier cette responsabilité à l’administration pour les seuls étrangers.
La loi relative à la bioéthique du 6 août 2004 dispose que l’examen des caractéristiques génétiques d’une personne ne peut être entrepris qu’à des fins médicales ou de recherche scientifique, ou être mené dans le cadre d’une procédure judiciaire. L’amendement examiné aurait pour effet de rendre banal et normal pour les étrangers ce que notre droit considère comme grave et exceptionnel pour les Français et serait de fait une entrave au regroupement familial.
Il s’agit là d’une atteinte au droit de vivre en famille, qui constitue pourtant une règle inaliénable, protégée par des textes ratifiés par la France, comme la Convention européenne des droits de l’homme et la Convention internationale de 1989 relative aux droits de l’enfant.

- Ensuite, parce qu’il porte atteinte aux valeurs de la France : dans notre pays, la filiation est déclarative. Cela signifie qu’on peut reconnaître un enfant qui n’est pas le sien et refuser la maternité (et à plus forte raison, la paternité) d’un enfant que l’on met au monde.
Comme l’affirme Jean-Luc Mélenchon : "dans notre tradition - c’est le résultat des Lumières -, le lien social est premier, alors que le lien biologique est second. Cette grande avancée de l’esprit humain est le résultat de longs siècles de réflexion.
Certes, tous les autres peuples n’ont pas le même jugement que nous. Dans un autre domaine, mais tellement concomitant, dans certains pays, la nationalité est fixée par le droit du sang. Nous, Français, avons tendance à considérer cela comme barbare, même si, par correction, nous ne le disons pas. Pour notre part, depuis François 1er, nous pratiquons le droit du sol.
De ce fait, en toute circonstance, les Républicains affirment que ce qui décrit le rapport entre les individus, c’est le lien social, le lien politique. C’est le fondement de la République.
"

- Enfin, même si ce dernier argument est tout à fait secondaire par rapport aux principes qui nous unissent, cet amendement est inutile : en effet, il ne concernerait finalement que très peu de cas. En 2006, seuls 8.600 mineurs ont obtenu des visas au titre du regroupement familial, ce qui ne représente que 5% du flux migratoire.

Alors pourquoi s’acharner à le conserver ? Parce qu’il défend une vision biologisante de la parenté et de l’individu.
Sarkozy, face au philosophe Michel Onfray, avait déjà fait savoir qu’il croyait au déterminisme génétique de l’humain, non pour des maladies physiques, ce qui ne se conteste pas, mais pour des comportements psychologiques tels que le suicide. [2]

N’oublions pas : à partir du moment où l’autre n’est plus mon alter ego et où l’on entre dans une législation discriminatoire, nous ne sommes jamais à l’abri d’être un jour l’étranger du groupe social auquel nous pensons appartenir.
Les assurances, qui se frottent déjà les mains à l’idée de recourir aux fameux tests ADN pour accepter de nous assurer, en savent quelque chose...

Pour aller plus loin :
- La séance du Sénat du 3 octobre 2007
- Le projet de loi relatif à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile, sur lequel il y aurait encore beaucoup de choses à dire...
- La pétition "Touche pas à mon ADN"

Dernière heure au 16/11/07 :
Un texte vidé de sa substance, un courage politique déserté...
Le Conseil constitutionnel valide, "sous certaines réserves" un projet législatif devenu inopérant.
Alors pourquoi le garder ? Pour vous habituer à l’idée de vous réduire à votre code génétique.
La boîte de pandore est ouverte, et les assurances, la Sécurité sociale comme la Police ne tarderont pas trop (je mise personnellement sur 5 à 10 ans) pour s’en emparer contre nous tous.
Vive la nouvelle carte d’identité ADN (il me semblait pourtant que les empreintes digitales étaient largement suffisantes pour nous identifier ?)
Déjà que pour les maladies génétiques, les banques ne se privaient pas de cette discrimination...
Pour l’instant, peu d’impact. Mais bientôt, une fois l’opinion préparée, bienvenus à tous dans le meilleur des mondes ?

NB : Miss Achtar illustre Vox pop’ !

Visiter son site :
http://www.miss-achtar.net/

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Cet article et ces dessins sont mis à disposition de tous sous un contrat Creative Commons.


[1Relatif à l’article 5 (art. L. 313-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.)
Évaluation de l’insertion dans la société française des étrangers ayant droit à un titre de séjour en raison de leurs liens personnels et familiaux en France

[2Notre actuel président croit au caractère inné de nos destinées et donc, très logiquement, à une forme d’eugénisme (d’où sa proposition de stigmatiser les comportements "déviants" dès la maternelle). Il l’explique d’ailleurs sans détour à Michel Onfray dans "Philosophie mag" n°8 :

"N.S. : Je me suis rendu récemment à la prison pour femmes de Rennes. J’ai demandé à rencontrer une détenue qui purgeait une lourde peine. Cette femme-là m’a parue tout à fait normale. Si on lui avait dit dans sa jeunesse qu’un jour, elle tuerait son mari, elle aurait protesté : « Mais ça va pas, non ! »
Et pourtant, elle l’a fait.

M.O. : Qu’en concluez-vous ?

N.S. : Que l’être humain peut être dangereux. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation. Il n’y a pas d’un côté des individus dangereux et de l’autre des innocents. Non, chaque homme est en lui-même porteur de beaucoup d’innocence et de dangers.

M.O. : Je ne suis pas rousseauiste et ne soutiendrais pas que l’homme est naturellement bon. À mon sens, on ne naît ni bon ni mauvais. On le devient, car ce sont les circonstances qui fabriquent l’homme.

N.S. : Mais que faites-vous de nos choix, de la liberté de chacun ?

M.O. : Je ne leur donnerais pas une importance exagérée. Il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. Vous n’avez pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par exemple. Un pédophile non plus. Il n’a pas décidé un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles, d’être attiré par les enfants. Pour autant, on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile. Je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons.

N.S. : Je ne suis pas d’accord avec vous. J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d’autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense."

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