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L’OMBRE DE STALINE TOUJOURS PRÉSENTE

"Le fantôme de Staline" de Vladimir Fédorovski

mercredi 14 novembre 2007, par Nathalie Mauerhofer

Alors que la cour suprême de Russie vient de refuser la réhabilitation du défunt Tsar Nicolas II assassiné par les Bolcheviks, il est assez surprenant de constater que l’image de Staline, l’un des plus grands criminels de tous les temps, est encore très positive chez les Russes :
Staline reste une icône malgré le génocide qu’il a commis sur son propre peuple.
Mais les coffres-forts de l’histoire s’ouvrent petit à petit et face au paternalisme ambiant (Staline n’était-il pas surnommé "le petit père du peuple" ?), la lecture du tout récent ouvrage de Vladimir Fédorovski, Le fantôme de Staline (paru aux éditions du Rocher dans la collection "Un nouveau regard") est vivement recommandée.

L’auteur commence sa rétrospective historique russe au 2 mars 1917, jour d’abdication du dernier Tsar officiel de toutes les Russies : Nicolas II. Nous entrons alors dans une période plus que sombre : celle du bolchévisme menée par Lénine.
V. Fédorovski s’attarde sur les "petits détails" qui tuent, les "petites phrases" jetées de manière désinvoltes mais si mortelles, les "petits faits" assassins qui ont fait basculer la Russie tout entière dans l’horreur. Un exemple parmi tant d’autres : Lénine s’évertuait à lancer à qui voulait bien l’entendre que la famine est une très bonne chose pour le peuple. Mise en application immédiate de cette idée saugrenue, résultat instantané : des milliers de morts. On tape sur la masse, on affame, on paupérise tout en scandant que c’est pour le bien du peuple.

Mais Lénine ne fait que poser des jalons. Le grand exécuteur testamentaire sera Staline. Après la mort de Lénine, ce dernier s’empare petit à petit du pouvoir. Il faut vraiment lire cet ouvrage pour se rendre compte à quel point Staline a été un maître manipulateur en communication aux talents de comédien impressionnants. Il mène tout le monde par le bout du nez grâce à une étonnante modernité dans ses rapports avec les médias. Il parade avec dextérité et ne laisse rien au hasard. Chichement vêtu, il mène un train de vie ultra modeste, se contentant de manger pratiquement toujours le même repas, on ne peut plus sobre.
Pour sa personne, il ne dépense pratiquement rien. C’est donc l’image de ce "petit pèpère" très proche du peuple qu’il tricote avec toutes les aiguilles de la propagande.
Mais on peut lire dans cet ouvrage bien des phrases qui font froid dans le dos : "à partir de 1928, l’emprise de Staline sur la vie du pays devint absolue" ou encore "désormais, l’ombre démesurée de Staline couvrait tout le pays et sa main impitoyable s’immisçait à chaque instant dans les vies et les destins."
Peu à peu, il instaure l’un des régimes les plus sanguinaires que le monde ait connu. Ses principales armes de destruction : l’injustice et la cruauté. Les Russes vivent dans la terreur d’être accusés pour un oui ou pour un non. Les exécutions et les déportements au goulag sont massifs. Le régime de la grande terreur s’abat sur la Russie comme la misère sur le monde. Staline devient alors le Tsar rouge...
"Il est incontestable que le meutre fut le socle du système engendré par Lénine. Par conséquent, Staline fut à cet égard son parfait exécuteur testamentaire."
"En juillet, 1937, il ordonnait l’internement des épouses de tous les condamnés dans des camps pour 5 à 8 ans. Dix-huit mille femmes et vingt-cinq mille enfants furent ainsi capturés. Puis les services de Staline allèrent plus loin : des petits de 1 à 3 ans furent placés dans des orphelinats, tandis que ceux de 3 à 15 ans étaient emprisonnés".
Et ce n’est là, bien sûr, qu’une facette de la monstruosité de ce dictateur. V. Fédorovski décrit au plus juste toute la folie destructice de cet "humble fils de paysan", de ses vraies crises de nerfs à ses projets les plus mortels, encore en activité d’ailleurs, comme le fameux très officieux laboratoire n°12 de l’institut des nouvelles technologies spéciales du KGB spécialisé dans la recherche sur l’art... d’empoisonner !

Parallèlement, l’auteur nous évoque le monde artistique de cette période et l’on suit avec intérêt la vie retracée du célèbre écrivain Boris Pasternak se réfugiant dans les quartiers chics de sa datcha.
Comment se positionner dans un tel pays lorsqu’on est artiste ? Sur la figure de Pasternak, on hésite... tantôt légèrement rebelle, tantôt mièvre, il sauve sa peau en se faisant passer pour un habitant du ciel ; Staline ne le touchera jamais. A la différence du célébrissime réalisateur Eisenstein qui ose affronter le dictateur, le plonger dans une colère bleue et qui subitement meurt d’une crise cardiaque.
Personne ne résiste à Staline, pas même sa propre femme, que l’on découvre, morte, elle aussi...

Et puis voilà la période de la deuxième guerre mondiale.
Hitler attaque la Russie malgré le pacte de non agression signé entre les deux nations. Et là, on est abasourdi par le comportement de Staline : cet homme si sûr de lui, si dominateur perdra tous ses moyens, deviendra le dernier des pleutres en se cachant dans sa datcha.

Enfin, les dernières pages du livre consacrées aux successeurs de Staline jusqu’à Vladimir Poutine, sont tout aussi croustillantes, pleines d’anecdotes aussi fantasques qu’incroyables sur ces "grands qui ont dirigé la Russie".
On ne peut que sourire en apprenant que Vladimir Poutine aurait voulu être un espion à la James Bond et qu’il ne renie en rien le passé stalinien.

En définitive, aucun bémol à ce livre, passionnant du début à la fin et qui sait évoquer les pires moments de la Russie sans tomber dans le pathétique. A consommer sans modération pour les lecteurs toujours avides de comprendre les rouages de l’histoire et comment on peut en arriver là, comment une nation tout entière peut se laisser assujettir et torturer à ce point !

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