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PROFS : LA REBELLIONPROFS : LA REBELLION

jeudi 20 novembre 2008, par Gaëlle Sartre Doublet

En ce jour où les personnels enseignants font massivement grève, vox populi a décidé de s’intéresser non aux manifestations en elles-mêmes, mais au malaise insondable des profs. Profs qui, le plus souvent, ne cessent de parler de leur métier mais aussi de leur mal-être au sein d’une institution qui ne les respecte plus.
Le désamour des enseignants envers l’éducation nationale suinte de chacune de leurs paroles.
Un site, Résistance pédagogique pour l’avenir de l’école, se fait leur porte-parole et relaie leurs cris du cœur.
De ces lettres, destinées à leur inspecteur d’académie, nous avons choisi d’en retenir deux, l’une émanant d’une enseignante, l’autre d’un directeur d’école.
Sans commentaire...


Véronique DECKER
Ecole Marie CURIE
Cité Karl MARX
93000 BOBIGNY BOBIGNY,

le 17 novembre 2008

Madame l’Inspectrice,

Je vous écris cette lettre car aujourd’hui, en conscience, je refuse d’obéir !
Le démantèlement des fondements de l’Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir.

L’objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction du système éducatif de notre pays.

C’est pourquoi j’ai décidé, en toute responsabilité, de :

- Ne pas poursuivre l’organisation de l’aide personnalisée, qui sert uniquement à masquer le projet de disparition des réseaux d’aide ; Je vais donc solliciter les enseignants de l’école et la municipalité de Bobigny pour trouver un dispositif qui accueillera tous les élèves, afin de retrouver 26 heures scolaires pour tous les enfants de notre école.

- Ne pas relayer les résultats des évaluations nationales, car je considère comme honteux d’acheter les enseignants avec des primes de 400 euros alors que le gouvernement clame que les caisses sont vides lorsque nous sollicitons de l’aide pour les classes vertes ou la bibliothèque de l’école.

- Ne plus répondre aux sollicitations des réunions, conférences, formations, tant que la garantie du maintien et même de l’extension des RASED [1] ne sera pas assurée sur la ville et sur le département.
Personne ne peut croire que une demi-heure de soutien, le matin, le midi ou le soir peut remplacer le travail des RASED et l’accompagnement des équipes pour gérer la grande difficulté scolaire.

- Chercher les moyens juridiques d’assigner l’État pour manquement à sa mission, car depuis plusieurs années, la médecine scolaire de la ville a des postes non pourvus, sans aucune réaction de l’État. Les visites obligatoires ne sont plus assurées, le suivi des PAI [2] est défaillant, l’accueil des enfants handicapés indigne.
Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, et aussi en soutien à mes collègues M. Refalo, et M. Braun qui ont déjà été convoqués par leur Inspecteur d’Académie au nom d’un devoir de réserve qui n’existe pas dans les textes pour les directeurs d’école. Mon projet et celui de l’équipe dans laquelle je travaille, c’est de construire une école du respect, de la coopération, de la solidarité et des progrès pour tous les élèves.

Je vous prie de recevoir, Madame l’Inspectrice, l’assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.

Véronique DECKER


Le 16 octobre 2008

Lettre d’un directeur d’école

Je ne supporte plus l’hypocrisie des discours officiels qui se gargarisent de grandes phrases sur l’intérêt des élèves, sur l’égalité des chances, alors que les seuls critères sont comptables avec un arrière fond idéologique pour le moins inquiétant.

Qui peut croire que l’intérêt des enfants a compté dans la suppression du samedi matin ?

Qui peut croire que les deux heures de travail personnalisé pourront compenser le travail des maîtres spécialisés des RASED qu’on est en train de supprimer ?

Je ne supporte plus la malhonnêteté des effets d’annonce alors que j’assiste, chaque jour un peu plus à une entreprise systématique et planifiée de démantèlement de l’école publique.

Je ne supporte plus le harcèlement administratif des courriels qui arrivent par vagues. Lorsqu’ils ne sont pas accompagnés de pièces jointes (jusqu’à 20 dans un seul envoi !) ou de documents à aller chercher soi-même sur le site de l’académie, il s’agit en général d’injonctions (« merci de me transmettre - toujours dans l’urgence - telle information ») ou de rappels à l’ordre (« Sauf erreur ou omission je n’ai pas été destinataire de tel document »). Et je suis déchargé totalement !
J’imagine ce que doivent ressentir la grande majorité des directeurs, ceux qui n’ont qu’une journée ou pas de décharge du tout, lorsqu’ils ouvrent leur boite aux lettres électronique.

Je ne supporte plus le « flicage institutionnel », les multiples tableaux à compléter pour vérifier que nous faisons correctement notre travail, que nous ne tirons pas au flanc pour l’aide personnalisée, que nous participons bien à toutes les animations pédagogiques. J’ai eu la chance de vivre des stages de formation continue (pas beaucoup, il est vrai - mais quand même !) passionnants, stimulants, qui interrogeaient la réflexion et les pratiques, dont je suis sorti avec le sentiment d’avoir progressé. Que nous propose-t-on aujourd’hui ? Des grand-messes où l’on paraphrase du « PowerPoint » durant des heures, du formatage au nouveau discours officiel, de l’endoctrinement ! Pas étonnant dans ces conditions que les seules animations pédagogiques qui fassent le plein soient les animations sportives. Pas étonnant dans ces conditions que les IEN [3] doivent demander aux directeurs de « susciter des candidatures ». Pas étonnant qu’il faille « fliquer » pour que les gens viennent !

Je ne supporte plus cette forme d’infantilisation et ce manque de confiance qui consistent à nous faire rédiger des projets (projet d’école, projet d’organisation de l’accompagnement éducatif...) à corriger (pardon « à valider ») par les IEN.

Au mieux, ils nous reviennent « validés » avec une remarque du style « Le projet, dans sa formalisation et dans son contenu, est conforme aux attentes ».
Bon élève !

Au pire, on nous demande de revoir notre copie.

Ou l’administration fait confiance à notre professionnalisme et je ne vois pas alors la nécessité de valider a priori notre travail ou alors nos supérieurs estiment que nous ne sommes pas capables de construire nous-mêmes nos projets, mais dans ce cas, qu’ils soient cohérents et qu’ils les rédigent eux-mêmes !

Par ailleurs, quelle illusion de contrôle et de toute puissance dans ce formalisme !!!

Je ne supporte plus la répression rampante, les atteintes au droit de grève, la restriction du droit à l’information syndicale...

Je me refuse à terminer ma carrière dans la dépression, en plaignant les étudiants que je croise à l’école ou mes jeunes collègues qui ont encore quelques dizaines d’années à passer dans cette galère.

Le découragement conduit à la résignation et à l’inaction, la colère conduit à l’action et à la résistance.

Je choisis donc la colère et l’action !

Comment résister ?

Un principe d’abord : la principale priorité, la seule, ce sont nos élèves ! Tout le reste est secondaire sinon accessoire !

Faisons comme nos IEN, examinons toutes leurs exigences à la lumière d’une grille d’analyse toute simple :

- Est-ce que cette demande va aider mes élèves ?

- Est-ce que cette demande me permettra de mieux faire fonctionner l’école ?

- Est-ce que cette demande va servir à mes collègues dans leur travail quotidien au bénéfice des élèves ?

Si la réponse à ces questions est non, alors la demande n’est pas urgente, quels que puissent être les éventuels délais de réponse. Et si d’aventure, il n’y avait pas de réponse, il est au moins certain que cela ne portera préjudice ni aux élèves, ni aux collègues.

Comment résister ?

- Soyons positifs, affirmons-nous, ne restons pas isolés et ne nous laissons pas culpabiliser !
Après tout, l’école, c’est nous qui la faisons vivre au quotidien, et elle ne fonctionne pas si mal finalement, quoi qu’on essaie de nous faire croire. Même les enquêtes PISA [4] et PIRLS [5], utilisées comme prétexte pour tout changer ne sont pas aussi catastrophiques que certains le prétendent - les ont-ils lues ?

En tout cas, malheureusement, il est déjà certain, (ce n’est pas moi qui le dit mais la plupart des chercheurs en pédagogie) que ce ne sont pas les nouvelles orientations qui feront remonter le niveau de nos élèves.

Comment résister ?

- Ne nous laissons pas intimider. Retournons les agressions de l’administration contre elle :

· Il faut se déclarer gréviste 48 heures à l’avance !

Soit ! Alors déclarons-nous systématiquement grévistes. Cela ne nous engage à rien mais annule l’intérêt de la déclaration préalable et oblige les communes à se positionner sur le service minimum.

· Les réunions d’information syndicale doivent être prises sur le temps de travail hors présence élève (les fameux 48 heures) !

Qu’à cela ne tienne ; inscrivons-nous massivement aux réunions d’information syndicale au lieu de participer aux animations pédagogiques. Elles seront certainement plus intéressantes et probablement aussi formatrices !

Comment résister ?

- Engageons-nous dans les mouvements pédagogiques.

Ils sont en train d’être étouffés par une réduction dramatique des subventions publiques et la suppression des postes de mis à disposition ou de détachés. Pourtant, ce sont des lieux extraordinaires de rencontres, de réflexion et de formation.

L’ICEM (Pédagogie Freinet) [6], l’OCCE [7], la Ligue de l’enseignement, les PEP [8], la JPA [9], les CEMEA [10] et d’autres que j’oublie, ceux qu’on appelait il n’y a pas si longtemps les œuvres complémentaires de l’école sont peut-être les derniers remparts de cette Ecole qui prend l’enfant dans sa globalité pour le faire avancer, pour en faire un citoyen, face au dogmatisme et au formatage de ce qu’on cherche à nous imposer. Les trois quarts de ce qui fait ma compétence professionnelle aujourd’hui, c’est à leur contact que je les ai acquis et non dans l’Institution.

Comment résister ?

- Syndiquons-nous.

J’entends trop souvent des collègues me dire que les syndicats ne servent à rien.
Mais les syndicats, c’est nous !

Si nous voulons qu’ils agissent plus, mieux, qu’ils soient plus près du terrain, à nous de les faire bouger, de les interpeller, de nous engager.

Ils n’existent que pour défendre nos droits et nos valeurs.

Mais en même temps, ils n’existent que par nos adhésions et notre soutien.

Je ne me suis jamais considéré comme un militant syndical, mais j’ai toujours été payer ma cotisation syndicale, pour une raison très simple : je n’oublie pas que des personnes sont mortes pour que nous ayons le droit, ce droit tout simple, d’être représentés et défendus face au pouvoir en place. Je n’oublie pas qu’aujourd’hui encore, dans certains pays pas éloignés, les syndicalistes sont menacés et assassinés.

La démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas !!!

Un mot encore pour terminer. Une lecture rapide de mon texte pourrait faire croire que j’en veux à nos supérieurs hiérarchiques directs, les IEN !

Il n’en est rien !

Je connais la plupart des inspecteurs du département.
Il y en a que je compte parmi mes amis. J’ai suffisamment discuté ou milité avec certains d’entre eux pour savoir qu’ils ne sont pas plus emballés que moi par l’évolution actuelle de l’Ecole. Comme nous, plus que nous certainement, ils sont pris entre le marteau et l’enclume, entre l’inertie du monde enseignant et les pressions de leur hiérarchie.

Je ne voudrais pas être à leur place, mais ils ont choisi et comme nous, ils ont la liberté !

· La liberté d’être de simples courroies de transmission, d’essayer de nous convaincre que tout va bien, que les nouveaux programmes ne changent pas grand-chose par rapport aux anciens, que l’on peut faire dans les 24 heures qui nous restent tout ce qui est demandé par ces fameux programmes, même la religion et les trois heures d’allemand.

· Ou la liberté de parler vrai, de défendre leurs convictions, d’être des citoyens avant d’être des fonctionnaires !

Et peut-être de résister !!!

Bon courage à vous tous.

Roland BRAUN
Directeur de l’école Saint-Exupéry à Colmar
Le 16 octobre 2008



Pour aller plus loin :
- Lire les autres lettres.
- La colère en chiffres dans l’Express.

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[1Réseaux d’Aide Spécialisée pour les Enfants en Difficulté

[2Projet d’Accueil Individualisé

[3Inspecteurs de l’Education Nationale

[4Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves

[5Progress in. International Reading Literacy

[6Institut Coopératif de l’École Moderne-Pédagogie de Célestin Freinet

[7Office central de la Coopération à l’Ecole

[8Pupilles Enseignement Public

[9Jeunesse Plein Air

[10Centres d’Entrainement aux Méthodes d’Education Active

Commentaires

  • Tous ces sigles barbares dont vous donnez heureusement la définition en disent suffisamment long sur le poids d’une institution sclérosée qui ne sait plus se régénérer. Pauvres profs, pauvres parents et pauvres élèves...

  • Est-ce que la fonction publique peut-être considérée en dehors de la société ?
    J’ai été mis pendant deux ans dans un placard sans arguments ni moyens de communication (téléphone ou ordinateur), dans l’indifférence du monde enseignant (+3000 personnes salariées sur le site) à qui j’avais vouer, mon courage, mes jours, mes nuits. Est-ce que le problème ne serait pas plutot qu’il n’existe plus de pensées sociales ? J’en suis sortie, mais rien quand témoignant d’une partie des actes subit, je prends des risques car je suis conscient de ce que sont ces syndicats virtuels vendeurs de promotions.
    Cordialement

    Voir en ligne : rester actif ou passif

    • Bonsoir,

      J’étais passée un peu vite, je le confesse, sur votre post, qui n’était pas précisément le sujet de notre article.
      Mais vous parlez assez clairement de harcèlement moral en milieu professionnel.
      Il se trouve que j’ai eu à connaître assez bien le sujet (étrange d’ailleurs, ce tabou ; pourquoi n’en n’ai-je jamais parlé dans vox ?), mais très clairement, je vous conseille une adresse, gratuite (vous participez si vous voulez, c’est une association) :
      Harcèlement moral.stop !
      En attendant, un seul conseil pour ceux qui en sont victimes : consignez dans un cahier TOUT ce qui vous paraît anormal. Vos avocats sauront faire le tri, parfois à titre gracieux si vous relevez de l’aide juridictionnelle, ou tout simplement (mais plus rarement) si votre cas les intéresse.
      Sinon, vous aurez à avancer les frais, mais comme vous pourrez le constater sur le site de hms, le harcèlement moral, depuis quelques années, peut largement vous dédommager de vos frais de procédure, si cette dernière, bien évidemment, est justifiée.
      Mais avant d’en arriver là, ne pas hésiter à parler aux associations spécialistes de ce problème.
      Personnellement, et grâce à leurs conseils, je m’en suis sortie sans procès. Alors, n’hésitez pas !
      Bien armé, le pot de terre et le pot de fer s’interchangent parfois...
      Bonne bataille à tous !

  • Oui, comme dit Babou, "Pauvres profs, pauvres parents et pauvres élèves"... Et nous pouvons ajouter pauvre France. Car la démolition de l’Education nationale fait écho aux innombrables casses dont peut s’enorgueillir l’actuel gouvernement : casse de la Poste, de l’EDF, de la Justice, de la solidarité, de la liberté et j’en passe.
    Casse éphémère ? Sans doute pas puisqu’elle atteint maintenant l’école, le contenu même de l’enseignement. Décerveler les enfants qui deviendront des étudiants, décerveler les étudiants qui deviendront des enseignants et des citoyens, décerveler la France pour la livrer aux brutes qui font la loi et s’en mettent plein les poches : tel est le but des loups, des singes et des serpents que nous avons élus.
    Alors vous, enseignants, syndiquez-vous et battez-vous. Votre lutte est celle de toute la nation. Vous êtes les porteurs des Lumières, vous êtes les garants de notre liberté, vous êtes aux avant-postes du progrès.

    Voir en ligne : profs, le rebellion

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