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LE GÉNIE DE L’OGRE

mardi 17 mars 2009, par Michel Cornillon

Les moutons dont la laine est devenue trop chère, le cyclope n’en veut plus. L’ogre, de même, ne sait que faire des dizaines de millions d’esclaves italiens, grecs, portugais, allemands, français, américains, canadiens, japonais, polonais, tchèques, monténégrins, belges et autres, qui vont bientôt se retrouver à la rue, dans la mouise, et qu’il va s’agir de nourrir coûte que coûte car un ventre affamé, nul ne peut l’ignorer, engendre dans les crânes des appétits de boucher, des idées de festins, voire des pulsions gauchistes, anarchistes, en un mot : révolutionnaires.

En attendant d’avoir suffisamment de robots pour subvenir à ses besoins, l’ogre a délocalisé le problème épineux des salaires et des coûts.

C’est-à-dire qu’au lieu d’importer une main d’œuvre qui lui causerait d’autant plus de soucis qu’elle s’en irait rejoindre des syndicats aux mains des communistes, des dévoyés et des trotskystes, il a choisi (et c’est là qu’on mesure son génie) de déménager ses usines dans des pays sans syndicats, ni droits de l’Homme, ni rien.

Alors tu la boucles, tu dors sous ta machine et si jamais tu râles, c’est la prison. Maintenant, si tu remplis ta tâche t’auras ton os et ta gamelle de riz, mélaminé bien entendu. Bon, vous avez compris, ce ne sont pas des hommes qui nous remplacent, c’est du bétail.

Et comme ces bestiaux de Chinois, de Turcs et d’Arabes, ne connaissent rien à rien et ne comprennent que dalle, eh bien - pas fous - on leur envoie des ingénieurs briefés pour les former ou, mieux encore, pour former des chefs pris sur le tas, sortis du rang, qui sauront donc les prendre, surveiller leur turbin, sévir en cas de besoin, et tout ça pour pas cher. Pour pas cher mais... attention ! Pour leur bien, pour le développement de leurs capacités de production et leur enrichissement.

Parce qu’un Chinois d’usine, c’est quand même autre chose qu’un Chinois de rizière. Imaginez, les deux pieds les deux mains dans la flotte, le nez dans la gadoue, le cul au firmament, et sa bonne femme pareil, tout ça pour récolter une poignée de riz, alors que dans les unités de production - euh... pardon, dans les unités de profit que nous mettons à sa disposition - voyez comme il est beau, fier d’obéir, propre sur lui et tout, même que sa femme travaille à ses côtés et que leur chef est un oncle, que leurs enfants frappent à la porte pour pouvoir bénéficier eux aussi du même job.

C’est boulot en famille, nourriture assurée et pas de place pour les feignants, pas de place non plus pour les intellos, non plus que pour les tordus qui veulent leur enfoncer dans la tête l’idée qu’on exploite leur faiblesse et qu’on se fout de leur sort.

Mais c’est mensonge et compagnie. D’abord, ce ne sont pas des faiblards, y’avait qu’à ouvrir le poste et les voir aux jeux Olympiques, les meilleurs qu’ils étaient, alors faudrait les respecter et refouler l’autre guignol qui leur met des bâtons dans les roues, ce dadalalaïlama qui voudrait les ramener dix mille ans en arrière et les remettre aux champs, aux rizières et au fumier de poulet - nom de d... un moine ! Un moine qui se croit supérieur, qui s’imagine sorti de la cuisse de Vishnu !

Le problème n’est donc plus chez nous autres, Belges, Iitaliens, Monténégrins et j’en passe. Le problème, l’ogre l’a refilé aux Turcs, aux Chinois, aux Arabes. Nous, pendant ce temps, on entre en récession. D’accord, mais les Restos du cœur sont là, et Sarkozy nous a promis de les ouvrir le dimanche. Et d’après ce qu’affirma Johnny en sortant du Fouquet’s avec lui, le soir de l’élection, il aurait même promis que personne, plus jamais, ne dormirait dans la rue. Alors les Chinois et les Arabes, y’a pas photo, ils vont enfin comprendre que la vie est autre chose qu’un fleuve tranquille, qu’il faut se cracher dans les mains si on veut s’en sortir.

« - S’en sortir, d’accord, mais se sortir de quoi, du fleuve ?
- Ah, dis donc, l’intello, tu vas pas nous casser les burnes... ! D’abord, nos chefs, regardez-les : ce ne sont pas les premiers venus. Et notre Président, voyez, il est partout, à se décarcasser pour combattre la crise. Alors pourquoi nous inquiéter ? La solution, il est bien forcé de la trouver, on l’a élu pour ça ! » Et maintenant, circulez.

Merci à Mû pour l’illustration du logo (mise à disposition de tous sous un contrat Creative Commons )
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