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MORT D'UN ADOLESCENT : LES COULISSES D'UN FAIT DIVERS - Vox Populi

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MORT D’UN ADOLESCENT : LES COULISSES D’UN FAIT DIVERS

mercredi 29 avril 2009, par Adeline Scherman

Le 15 mars dernier, à environ 3 heures du matin, un jeune de 17 ans est poignardé à l’angle de la rue de Bercy et du boulevard Diderot, en face de la gare de Lyon. Le lendemain matin, dès le fil AFP reçu, les journalistes se précipitent... Un peu trop vite.

La nuit était bien calme ce 15 mars lorsque vers 3h un adolescent a été assassiné. Il revenait d’une soirée ratée avec son groupe d’amis quand, soudain, « tout a basculé ». Formule consacrée de certaines émissions à sensations qui raffolent des faits divers et les hissent en sacro-sainte ligne-éditoriale.

Il est 10h quand les médias s’emparent de l’information. Les reporters radio et les équipes de télévision se précipitent sur les lieux du crime. Ordre de mission du rédac-chef : tenter de découvrir qui du colonel moutarde de Seine Saint-Denis ou de mademoiselle rose du 9-4 est suspecté d’avoir utilisé l’arme blanche qui a causé le décès dans ce quartier tranquille de Paris.

On sait que quatre personnes ont été arrêtées, quatre jeunes en provenance d’une banlieue en mal d’anonymat. Première conclusion tentante et qui revient en boucle sur France Info : un affrontement entre bandes rivales.

A 11h, les journalistes arrivent peu à peu, au gré des heures de fin des conférences de rédaction. Sous le soleil, les caméras tournent. France 3 prend différents plans d’un mur. Une journaliste s’approche du caméraman : « C’est là qu’il a été tué ? ». Grognements du caméraman concerné. « La trace sur le mur, c’est son sang ? ». A nouveau des grognements en guise de réponse : « Mouais, j’sais pas, y paraît ». Précipitations sur le trottoir d’en face : la journaliste d’I-Télé a trouvé un témoin de la scène.

Les micros se précipitent. Réveillée par des cris, une jeune femme a tout vu de sa fenêtre. « Racontez-nous-ce-qui-s’est-passé, qu’avez-vous-vu ? Combien-étaient-ils ? Etaient-ils-énervés ? » Patiemment, la proie répond aux questions. La journaliste d’I-Télé boude un peu, le témoin est SA trouvaille. Le résultat de sa petite enquête sera sur toutes les télés le soir même, alors que c’est elle qui s’est fatiguée pour tout le monde. Elle s’en va. Elle en aura au moins la primeur en tant que représentante d’une chaîne d’info en continu.

Vérifier l’information : une perte de temps ?

Le caméraman de France 3 pousse brutalement la cadreuse d’NRJ Paris. Elle gâche son plan en laissant une mèche de cheveux traîner devant l’objectif du service public. Au bout de cinq questions, il décroche et remballe ses batteries. Pas besoin de se fatiguer les bras plus longtemps : pour monter une minute trente de reportage, les 240 secondes d’interview sont amplement suffisantes.

La journaliste d’NRJ Paris insiste un peu pendant que les radios se rapprochent. « Vous pouvez nous emmener sur place pour nous montrer exactement où le corps était étendu ? » Mademoiselle le témoin est bonne cliente, elle conduit la petite troupe de journalistes qui s’est clairsemée... à l’arrêt de bus. Stupéfaction de l’équipe NRJ Paris : « Ca ne s’est pas passé de l’autre côté ? »

Non, une minuscule goutte de sang oubliée par la voirie sur le macadam le prouve. Mais qu’est-ce qui a donc été filmé sur le mur du trottoir d’en face ? Un abandon d’ivrogne ? Une information mal vérifiée en tous cas. Il est trop tard pour prévenir les dupés de leur erreur, ils sont déjà partis monter pour le public du JT leurs images de vieilles traces d’urine.

Une demi-heure après, les caméras sont éteintes. Dans la rue, la jeune femme qui s’est prêtée au jeu rattrape les journalistes par un coin de manche. « Dîtes, tout à l’heure, j’étais choquée. Je préfèrerais qu’on ne voit pas mon visage ». Bilan final : personne n’aura pris la peine de flouter son visage, car il a été diffusé « en clair » sur I-Télé qui n’a pas été prévenu de ce revirement.

Non, ceci n’est pas une fiction, juste les coulisses très ordinaires d’un fait divers qui fait parfois la Une des journaux. La nouvelle règle des médias est l’instantanéité, mais elle conduit à la suffisance d’un vite fait mal fait.

Messages

  • Rassure toi Adeline , avec la pandemie de grippe porcine ou grippe mexicaine qui pointe son nez à l’horizon, les journalistes charognards seront moins pressés d’aller enquêter quand il y aura des morts.

  • Vous décrivez très bien ce que, hélas, nous sentons depuis maintenant bien des années : la course au sensationnel fait que les journalistes nous livrent des reportages non fignolés, ne retraçant pas la vérité et les désservant à l’arrivée. Oui, c’est la course à l’information au plus vite et non pas de l’information au plus vrai. C’est terriblement dommage. Mais qu’ils ne viennent pas se plaindre d’être pris pour des mouches à m...iel tant ils bourdonnent au-dessus de leurs proies dans un irrespect total d’autrui. Espérons qu’il en existe au moins un de sérieux pour sauver l’image de cette profession.

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