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ALAIN-GÉRARD SLAMA : LA RUPTURE RÉPUBLICAINE - vox-populi.net

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ALAIN-GÉRARD SLAMA : LA RUPTURE RÉPUBLICAINE

vendredi 12 juin 2009, par Jean-Baptiste Faivre

La France est aujourd’hui dans un état de torpeur invraisemblable : face aux multiples attaques dont sont victimes les principes fondateurs de la République, notamment à travers la laïcité ou l’extension du pouvoir présidentiel, peu de réactions se font entendre.
Tel est l’inquiétant constat dressé par l’éditorialiste du Figaro dans son dernier opus, "La société d’indifférence".
Explications.

Laïcité

Quel est l’un des fondements de la société française ?
La distinction entre la sphère religieuse et la sphère politique : la première se limite au seul domaine privé quand la seconde embrasse toute la société civile.
Aucune confusion des genres ne peut, ni ne doit être tolérée. Depuis 1905 et la loi de séparation de l’Église et de l’État, ce principe a gouverné la communauté nationale. Pour Alain-Gérard Slama, ces valeurs sont menacées : l’actuel Président de la République [1] entend rompre avec tout, y compris avec ce qui paraît inaliénable.

Le discours de décembre 2007 au Vatican est significatif à cet égard : pour Nicolas Sarkozy, l’éducation républicaine est insuffisante pour former un citoyen digne de ce nom. Elle doit être complétée par la morale spirituelle, autrement dit religieuse [2]. Il ne souhaite plus les dissocier pour les protéger l’une de l’autre mais les faire collaborer :

« Ce qu’il appelle la laïcité positive est la collaboration des Églises et de l’État pour partager le magistère des consciences ».

Nous assistons donc à un véritable renversement de paradigme ; d’une séparation inaliénable, nous passons à une collaboration indispensable :

« Il (Nicolas Sarkozy) a cherché (...) à imposer un nouveau paradigme, consistant à séparer l’État et l’Église, César et Dieu, non pour les protéger l’un de l’autre, mais pour les faire collaborer dans une relation qui donne au pouvoir spirituel le pas sur le pouvoir temporel, puisque c’est lui qui donne à ce dernier son sens »

La reconnaissance d’État des diplômes universitaires catholiques, entérinée par un accord signé en 2007 entre le Vatican et la France, est dans cet esprit. On mesure toute la portée de cette décision : à peine était-elle ratifiée que l’Université publique de Strasbourg ouvrait son premier cours de Master en finances islamiques ! La boîte de Pandore est ouverte et le slogan de campagne du Président se vérifie : tout devient effectivement possible, y compris le pire.

Hystérie identitaire

La trahison républicaine se poursuit quand le chef de l’État entend substituer aux droits des individus les droits des communautés. Le citoyen est ainsi étouffé et aliéné par sa communauté d’origine ; il n’a plus de sens que par rapport à celle-ci. La discrimination positive s’inscrit dans cette même logique : ce n’est plus un individu qui réussit mais avant tout sa communauté, quelle qu’elle soit. Non seulement cette mesure met fin à l’idéal républicain de méritocratie, mais en plus elle réduit un homme à son seul groupe d’appartenance.

Autrement dit, l’identité n’est plus individuelle mais communautaire : du républicanisme, nous glissons vers le communautarisme. Si un tel modèle peut fonctionner dans certains pays comme l’Allemagne ou les États-Unis, il est impensable en France pour des raisons historiques :

« Il est des pays, comme l’Allemagne, où la nation a toujours préexisté à l’État. La France est, dés l’origine, un État à la recherche d’une nation (...) L’identité française n’a jamais été une réponse, mais une question (...) La France ne se perçoit ni comme ethnie, ni comme communauté d’appartenance religieuse »

On comprend dés lors l’erreur politique que constitue la création d’un Ministère de l’Identité nationale.
C’est méconnaitre la nature complexe de la réalité française que d’apporter comme réponse aux problèmes d’intégration et d’immigration une telle administration.

Pour Nicolas Sarkozy, l’identité perd de sa richesse : elle n’est plus multiple et changeante mais fixe et immuable.
Son entretien durant la campagne 2007 avec le philosophe Michel Onfray est riche d’enseignements à ce sujet ; aux yeux de Slama, il est significatif et « terrifiant » [3]. On y décèle en effet sans peine le déterminisme qui commande la vision philosophique du Président de la République.

« Le Prince-PDG »

Nouvelle « forfaiture » quand l’hyper-président souhaite effacer le Premier ministre et accaparer tous les pouvoirs. Alain-Gérard Slama compare Nicolas Sarkozy à un « Prince-PDG » qui gère la France comme une entreprise.
Il dénonce une rupture avec les institutions de la Ve République : si, en dehors des périodes de cohabitation, le Président de la République a toujours été le chef de la majorité, il a toujours laissé au Premier ministre une marge de manœuvre dans l’application de la politique du Gouvernement. Les désaccords entre les deux têtes de l’exécutif n’ont pas manqué depuis 1958 [4]. Mais, avec Nicolas Sarkozy, le Premier ministre devient un simple collaborateur : « Le Premier ministre est un collaborateur. Le patron c’est moi » confie le Président à Sud-Ouest le 22 aout 2007.

Autre dérive du pouvoir présidentiel : la mainmise sur l’audiovisuel public à travers la disparition de la publicité sur ses chaînes. Nicolas Sarkozy l’affirme sans complexe : il entend mettre fin à une hypocrisie en nommant lui-même le président de France Télévision [5]. La suppression programmée du juge d’instruction et la confusion des pouvoirs politiques et judiciaires qui en découle s’inscrit dans cette même logique.

Au nom d’un pragmatisme revendiqué, Nicolas Sarkozy rompt avec la tradition républicaine : il « sacrifie l’essentiel à l’immédiat ». Face à cette situation, Alain Gérard-Slama entre en dissidence, en appelle à une réaction républicaine et dénonce la torpeur généralisée du pays [6] :

« J’aimerais que ceux que l’on appelle les républicains modérés, qu’ils soient de droite ou de gauche, se découvrent encore capables d’élever la voix pour défendre les libertés. Elles sont menacées d’une régression qui vient de loin, et que la crise économique ne peut qu’accélérer en poussant à une politique de l’immédiat qui sacrifie l’essentiel, concentre le pouvoir et paralyse la société. La plaie de la société d’indifférence est la démission des modérés »

Son appel mérite d’être entendu. Laisser « les ravages de l’indifférence » gouverner la société et plus dure sera la chute. Pour la droite et la gauche ; pour le pays.


[1Il est à noter que Slama ne désigne jamais Nicolas Sarkozy par son nom propre ; tantôt « actuel hôte de l’Elysée », tantôt « Prince-président », ou encore « Prince-PDG ». Il n’en demeure pas moins que Nicolas Sarkozy est au centre de la critique établie par Alain Gérard-Slama.

[2Nicolas Sarkozy affirme ainsi, par exemple, que « la République a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle » et qu’elle devrait « s’intéresser à la formation des ministres du culte ». Tout est dit, ou presque.

[3Michel Onfray a défendu la thèse que « nous ne sommes pas façonnés par nos gênes » et « nous ne choisissons pas » beaucoup d’aspects de ce que nous devenons « compte tenu de l’environnement , des conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons ». En conséquence, le philosophe affirme que « l’on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile ». Ce à quoi Nicolas Sarkozy répond : « Je ne suis pas d’accord avec vous. J’inclinerais pour ma part à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions pas soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident chaque année en France, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable (...) Les circonstances ne font pas tout. La part de l’inné est immense ».

[4Les exemples de rupture sont nombreux : personne n’a oublié les désaccords entre De Gaulle et Pompidou, conduisant au remplacement de ce dernier par Maurice Couve-de-Murville après la crise de mai 1968 ; personne n’a oublié non plus la démission fracassante de Jacques Chirac en 1976, alors Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing ; personne n’a oublié enfin les rapports houleux entre François Mitterrand et Michel Rocard.

[5Voir à ce sujet : "Renaud Saint-Cricq et Frédéric Gerschel, Canal Sarkozy : le Président et la télévision, deux ans d’histoires secrètes", (Flammarion, 2009) et notamment le second chapitre consacré à la prise de pouvoir de Nicolas Sarkozy sur la télévision publique. On y apprend ainsi que le Président de la République entend devenir le véritable directeur des programmes de France Télévision. Y est également relaté son bras de fer permanent avec la direction de la chaîne.

[6La torpeur est telle que l’auteur va jusqu’à parler de « viol consenti » concernant les attaques envers la laïcité.

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