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LE TEMPS DES CERISES - Vox Populi

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LE TEMPS DES CERISES

samedi 22 août 2009, par La rédaction, Michel Cornillon

Comme chaque été, la chaleur et les beaux jours nous détournent quelque peu de la vie politique qui elle - malgré la douceur de vivre du Cap Nègre - ne prend pas de vacances.
Pour garder à l’esprit que l’intérêt pour la chose publique n’est efficace que s’il dépasse largement les rideaux de l’isoloir, la rédaction de Vox vous offre le témoignage d’un de ses rédacteurs.
Un témoignage qui aurait dû être publié il y a longtemps déjà mais dont la force reste intacte : loin de seulement dresser le bilan d’une élection parmi tant d’autres [1]il nous parle avant tout d’engagement et nous rappelle qu’être citoyen est une activité à temps plein.

Frères et sœurs délaissés (mais nullement oubliés), me revoici. Pas tout à fait fringant, ni au plus haut de ma forme, mais à peu près vertical, encore qu’épuisé par trois semaines d’une campagne électorale intense. Quelque peu titubant, donc.

Le résultat ? Pas si pitoyable qu’il y paraît puisque le Front de Gauche a fait un score non négligeable et obtenu 5 sièges. Si le NPA, devancé de 1,5%, avait daigné se joindre à lui, la synergie produite aurait sans doute mené la gauche de la gauche au niveau du PS et des Verts. De plus, ni Le Pen ni Golnish n’auraient été élus. Aucune rancœur cependant, ni d’un côté ni de l’autre, et chacun de souhaiter une union décisive et durable pour les échéances du futur.

Il faut vous dire que nous, gens de gauche, vivons depuis des siècles sous le signe d’un espoir qui ne nous lâchera pas.
D’un espoir et de rêves inachevés, en plus de fantasmes qui nous visitent et nous transportent au temps des cerises.

A propos de fantasmes, l’un des miens s’est réalisé de manière fortuite en prenant la silhouette d’un dénommé Buster, prophète ubuesque mis en scène par mes soins dans un chapitre ancien, et qui s’adressait alors, en vue d’une rénovation radicale d’un monde par lui jugé au-dessous de tout, à un groupe de financiers et de décideurs obèses, tous angoissés à l’idée de perdre leur pognon. Mais revenons à nos moutons.

Poussé par la seule espérance de ramener au Front de Gauche un maximum de voix et de militants, j’ai demandé au camarade Siegfried de me procurer une voiture avec sono, micro, affiches et seau de colle. Et qu’on me permette, à moi qui n’avais jamais parlé en public, de porter à travers la campagne une parole puissante. J’ai eu tout cela, avec en prime une liberté totale.
Carte blanche, donc.

Alors pour m’exprimer, frères et sœurs, je me suis exprimé. A travers tout le département, en direct, à visage découvert.
Je m’appuyais au début sur de petits papiers que je déclamais au micro, puis que je modifiais selon les circonstances, puis que je liais ou que je fractionnais selon mon humeur du moment. Et petit à petit j’improvisais, si bien que je me suis rapidement élevé au-dessus de ma condition de mortel.

Bien sûr, j’ai subi quelques agressions verbales. Un bourgeois offensé par mon verbe a voulu arracher les haut-parleurs clamant la vérité, une touriste hystérique m’a dit d’aller me faire voir du côté de Tien An Men, un flic municipal obtus, qui plus est bourré comme une mule, a voulu saisir la voiture avant de m’ordonner de disparaître, mais c’est tout. Rien de bien dangereux.

Les montées d’adrénaline que j’ai ressenties à chaque fois ont cependant réveillé Buster, si bien que ce n’était plus exactement moi qui parlais au micro devant la gare d’Auxerre, par un soleil magnifique répandant des milliards de photons, ni moi que les gens écoutaient, mais bien le gars Buster, mon rôle à moi se réduisant à surveiller le bougre qui risquait, emporté par l’ivresse des harangues et le désir d’en rajouter, et d’en rajouter à la pelle, à chaque instant de péter un fusible.

Il n’a pas disjoncté durant ces trois semaines, notre prophète, ni pété le moindre câble. Simplement, lorsqu’il rentrait le soir après s’être égosillé durant quelques heures, avoir collé une vingtaine d’affiches et défendu son honneur, sa peau et celle du peuple, il n’avait plus de voix.
Aphone qu’il était, le bougre. Et ce n’était plus du Bergerac qu’il portait à ses lèvres, mais un sirop censé lui redorer le gosier, en fait une vraie dégueulasserie.


[1Les élections européennes de juin 2009

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